Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/691

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


est de repousser fortement la mesure, de la prévenir ou de lui opposer une apparente résistance. On essaie de le gagner, et si l’on y parvient, une espèce de compromis a lieu ; O’Connell cesse de menacer et d’invectiver. Les trente ou quarante membres dont il dirige les votes et qui n’oseraient pas se détacher de lui, de peur de n’être pas réélus, baissent le ton à son exemple. Au contraire, O’Connell persiste-t-il dans son hostilité, la lutte commence ; le ministère est battu en brèche. Pour arme principale, l’agitateur irlandais emploie d’interminables, de grossiers, de virulens discours, où toutes les formes de la courtoisie parlementaire sont foulées aux pieds. Tous ses acolytes lui font écho ; l’un après l’autre, chaque membre irlandais se lève, crie, blasphème, déclame, injurie, calomnie, menace, ment avec une audace sans égale ; la chambre fatiguée, dégoûtée, éclate en clameurs de colère et veut étouffer leurs voix. Alors O’Connell prend la parole :

« Voyez, dit-il, comment l’Irlande est traitée ! Avec quel dédain on écoute ses organes ! et comment ce parlement étranger étouffe les représentations les plus justes de mes compatriotes ! » — Alors il proteste devant Dieu contre une si flagrante iniquité ! L’Irlande opprimée l’apprendra ! Le peuple d’Irlande saura quels outrages on verse sur ses délégués ! — Notez bien que le tiers des délibérations du parlement britannique est envahi par les affaires de l’Irlande, ce pays si dédaigné.

Redoutable par ses clameurs, O’Connell l’est bien plus encore lorsqu’il se tait. Regardez-le. La froide ironie de Peel, le sarcasme acéré de Stanley, les dénégations acrimonieuses de quelque Irlandais tory, les corrections paternelles de quelque orateur du ministère, tombent sur lui sans l’émouvoir. Il est là, tranquille sur son banc, la tête basse, de l’air le plus pacifique du monde. A peine murmure-t-il un ou deux mots de défense, quand on lui impute un grossier mensonge, une énorme calomnie. Mais malheur à vous qui l’attaquez ! Il prendra sa revanche, il se fera justice, il vous accablera de son mépris et de ses injures, dans quelque lettre à ses commettans, dans quelque harangue au peuple irlandais ; et Dieu sait s’il se dédommagera de son silence forcé !

A force de virulence et d’insultes dans la chambre des communes, à force de dénonciations contre ses collègues, il les révolta