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Si tout le monde agissait de même, la coutume du duel, cette coutume barbare, finirait bientôt. Mais, pour un chef de parti comme O’Connell, pour un homme qui lance autour de lui sans scrupule la calomnie et l’outrage, pour un orateur qui n’épargne ni l’invective ni le scandale contre ses ennemis, c’est un admirable moyen, c’est un paravent commode que de se retrancher derrière un tel refus.

Il était déjà regardé comme le plus remarquable chef du parti catholique, lorsqu’en 1821 George IV visita l’Irlande. O’Connell le reçut à la tête d’une procession solennelle. Un accès imprévu de loyauté s’était emparé de l’ile d’Erin ; tous les partis captaient la faveur du nouveau monarque. Cette fièvre fut contagieuse pour O’Connell, qui s’agenouilla sur le sable du rivage aux pieds du monarque anglais, lui offrit une couronne de laurier, et s’acquitta de plusieurs autres jongleries théâtrales, au milieu des applaudissemens de ses fidèles Irlandais. A peine le vaisseau royal avait-il quitté la côte d’Irlande, que cet éclair de loyauté passagère avait disparu : O’Connell, tout honteux d’être devenu courtisan, essayait déjà de pallier sa faiblesse ou son caprice.

En Angleterre, rien n’était changé ; la lutte des tories contre les whigs continuait comme de coutume, mais il s’opérait en Irlande une révolution totale. Les catholiques, dont les forces éparses s’étaient long-temps épuisées dans une lutte maladroite et irrégulière contre la masse compacte de leurs ennemis, s’étaient perfectionnés et disciplinés. Ils avaient appris un art formidable, celui de l’association. Déjà, en 1825, l’association catholique reconnaissait O’Connell pour son maître ; la faveur populaire ne l’avait pas quitté. On ne lira pas sans intérêt quelques détails sur la constitution organique de cette assemblée fameuse ; sa formation est le chef-d’œuvre de la vie politique d’O’Connell. Cette redoutable association a été la première qui, se renfermant dans le cercle des formes légales, ait frappé d’un coup vigoureux le pouvoir anglais. C’est elle qui a donné le signal à toutes ces confédérations partielles, qui depuis la même époque ont ébranlé la solidité de l’empire britannique.

A peine O’Connell eut-il donné le signal, que toute la population catholique de l’Irlande envoya ses députés à la grande assemblée réunie à Dublin. Une nouvelle espèce de parlement en