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LE PAYS


DE TRÉGUIER.




I. Aspect du pays de Tréguier. — Grève de Saint-Michel. — Saint-EffIam. — Perros. — Bréhat. — Beauport.




Dix heures venaient de sonner à l’église éloignée de Plestin, et je parcourais la route ombrée, me dirigeant vers la côte. L’air était pur et chaud : une légère rafale de mer, traversant les blés noirs en fleurs, venait secouer, sur la route, sa fraîche senteur de miel. Les oiseaux chantaient au ciel, et les trompes d’écorce des patres jetaient à l’horizon leur notes plaintivement prolongées.

Je m’avançais joyeux, tout entier à cette scène calme et voluptueuse, respirant à pleine poitrine et ouvrant tous mes pores au bien-être dans lequel je plongeais ; fort, sain et léger, comme si une main mystérieuse eût soulevé pour moi, ce jour-là, le poids de la vie.

Un paysan passait :

E bad è beva hirio (il fait bon vivre aujourd’hui), me dit-il, en souriant et portant la main à son chapeau avec une négligence amicale,