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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/623

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sentir la nécessité absolue de se débarrasser d’un président aussi incommode. C’est M. Martin (du Nord), le nouveau procureur-général, qui sera le candidat ministériel à la présidence dans la session prochaine. Pour assurer sa nomination et achever de détacher les centres de M. Dupin, on colportait la semaine dernière une parole tombée fort rudement d’en haut sur l’ex-président de la chambre. On rapportait qu’un grand personnage à qui on avait demandé s’il laisserait long-temps M. Dupin gratter à la porte du ministère, avait répondu : « Il aura beau gratter, cogner et même briser la porte, il n’entrera pas. » Si ce mot a été réellement prononcé, M. Dupin sera certainement ministre avant six mois.

En attendant, M. Dupin est allé voir en Angleterre son ami lord Brougham, qu’il trouvera ainsi que ses collègues dans un étrange embarras. L’affaire des dîmes d’Irlande, et le dissentiment qu’elle a causé parmi les membres du cabinet, ne sont pas certainement les véritables causes de la dissolution ministérielle qui se prépare à Londres. Il parait que lord Grey, se sentant réduit à l’impuissance par les tories qui dirigent presque uniquement la couronne par leur influence, saisit cette occasion pour éloigner cinq membres du cabinet, et les remplacer par des hommes plus dévoués à son système. Mais ce mouvement inattendu pourrait bien rendre aux tories le pouvoir qu’ils convoitent avec tant de sagacité, et qu’ils n’ont jamais entièrement abandonné. Le traité de la quadruple alliance, qui est une conception de M. Canning, a, dit-on, un peu effrayé la cour, qui y entrevoit les signes d’une rupture prochaine avec la Russie, à laquelle le ministère whig s’applique à préparer l’opinion publique, comme on la préparait autrefois contre la France. On a déjà remarqué les violentes attaques de quelques journaux contre l’ambassadeur russe. La princesse Lieven qu’un séjour de dix-huit ans avait rendue très influente à Londres, la princesse Lieven était le véritable ambassadeur de Russie ; c’était par cette dame que se faisaient toutes les affaires, et M. de Talleyrand a eu plus d’une fois à lutter d’habileté avec elle. Le rappel du prince Lieven, qui s’accorde avec celui des ambassadeurs de Prusse à Bruxelles et à Madrid, a produit quelque impression, et donné lieu à des bruits de guerre qui ne sont sans doute pas encore près de se réaliser.

Le véritable embarras du ministère anglais, et qui pourrait amener sa dissolution, c’est lord Brougham, ce curieux personnage que M. Dupin semble avoir pris pour modèle. Lord Brougham, avocat encore tout enivré de ses succès de barreau, et sans cesse dominé par le besoin de produire une impression nouvelle, marche tantôt avec le ministère dont il fait partie, et tantôt avec le parti plus modéré ou le parti plus avancé, qui constituent deux germes d’opposition sur les bancs même de la