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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/620

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conseil de l’évêque, du curé et du confesseur, qu’on se décide pour un candidat. La nature du tempérament méridional, jointe à ces idées religieuses, y nourrit une exaltation politique qui n’admet guère de transaction. En un mot, le parti royaliste des provinces méridionales est un parti jacobite, qui s’est fait des principes de ses regrets, et une foi de ce qui n’est guère ailleurs qu’une affaire. Le moyen que le parti du progrès, qu’on définit si mal en le nommant républicain, s’entende avec cette classe de royalistes ? Il ne faut pas oublier non plus que depuis longues années ces deux partis se renvoient l’injure d’impie et d’hypocrite, qu’ils s’attaquent souvent avec furie, qu’ils se tuent quelquefois, et que le parti moyen qui les empêche partout d’être en contact immédiat, est là trop peu nombreux pour leur éviter de se heurter sans cesse avec violence. A Marseille, les électeurs porteront sans doute deux candidats légitimistes, de l’opinion la plus prononcée, M. Berryer et M. le duc de Fitz-James ; mais l’élection de l’un d’eux, si elle a lieu, sera faite uniquement par leur parti, qui serait en nombre s’il se décidait à passer sur la difficulté du serment. A Toulouse, la même opinion portait M. Villèle, qui a été sollicité d’accepter la députation, mais qui a refusé. M. Villèle a écrit sur la porte de son château, comme Horace et Gil Blas : Inveni portum, et il a échappé à trop de bourrasques pour remettre sa barque à l’aventure.

Au nord, dans l’est, à Strasbourg, à Châlons, à Nancy, à Colmar, à Laon, à Mézières, à Lille, le parti dit républicain a encore moins de chances et d’envie de s’allier au parti légitimiste. Ces départemens industrieux représentent le pays des affaires ; la culture du tabac et de la garance, à laquelle se livrent tous les propriétaires, les obligent à entretenir, bon gré mal gré, des relations avec le gouvernement. Là le parti royaliste calcule davantage ses intérêts qui refroidissent ses affections, et tend à se faire tory, ou plutôt se rapproche de la nuance royaliste de M. de Lamartine, le député de Dunkerque. Cette opinion est tellement accommodante que, dans une autre partie de la France, M. de Thiars, bon gentilhomme il est vrai, a trouvé quelques voix dans la nuance royaliste, et qu’elle favorise son élection à Châlons-sur-Saône. Or, on aura beau faire, et M. de Thiars aurait beau faire lui-même, il ne passera jamais pour un royaliste ni pour un républicain. Dans les arrondissemens du nord, on peut s’attendre avec certitude à ce que les royalistes eux-mêmes préfèrent les candidats ministériels à ceux du mouvement. Il faut se souvenir que, sous la restauration, Dunkerque et tout ce pays n’envoyèrent jamais des députés de l’opposition à la chambre, pas même sous M. de Polignac, où sept députés ministériels représentaient ces prudens collèges.