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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/619

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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31 mai 1834.


La chambre qui vient de se séparer, pour faire place à une autre, ne laissera pas des souvenirs bien glorieux dans nos annales. Cinq budgets ont été votés par celle chambre, qui semblait d’abord vouloir doter le pays de quelques économies, et qui a fini par le livrer au désordre et au gaspillage. Son dernier acte financier en dit plus que toutes les remarques, elle a voté le budget du ministère de la guerre sans examiner ces comptes qui demandaient un œil si attentif, après avoir donné le funeste exemple des votes de crédit pour des dépenses consommées.

Le ministère, qui s’est si bien trouvé de cette chambre, s’applique de toutes ses forces à s’en procurer une semblable. Trop faible encore pour supporter une opposition même aussi réduite qu’elle l’était dans la dernière session, il en redoute jusqu’à l’ombre, et il se sert de toutes ses ressources de rouerie pour effrayer les électeurs. La coalition entre les légitimistes et le parti républicain, c’est là le grand mot d’ordre donné à tous les agens ministériels pour rallier les électeurs au pouvoir. Les journaux du ministère ne tarissent pas sur cette alliance, qui est si naturelle et si facile à faire ! Mais depuis quatre années le pouvoir a fait tomber les masses dans des pièges si grossiers, qu’il ne les estime plus assez pour se donner la peine de les tromper habilement. Avec l’alliance des carlistes et des républicains, le ministère compte bien enlever encore le vote de cinq budgets et d’autant de petits budgets supplémentaires.

Le plus simple examen suffirait cependant pour montrer le néant de cette combinaison. Dans les départemens du midi d’abord, à Toulouse, à Marseille, il existe une ligne de démarcation trop profonde entre le parti de la révolution et le parti royaliste pour qu’elle puisse être franchie et qu’on vienne, des deux camps, se tendre les mains dans les collèges. Là l’opinion légitimiste représente les idées religieuses. C’est après avoir pris