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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/599

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y fournira ; il l’explore, il la scrute, il l’exploite, il la pille : la terre d’Annibal est remuée en tous sens pour livrer au lieutenant de César les moyens d’écrire et de vivre magnifiquement.

Les Romains pesaient sur le monde sans scrupule et sans remords, et surtout après s’être déchirés eux-mêmes entre Marius et Sylla, César et Pompée, ils étaient peu disposés à épargner ce qui n’était pas romain. Qu’était l’Afrique pour eux, si ce n’est une proie toujours sanglante de la victoire, arrachée tour à tour des mains d’Annibal, de Jugurtha et de Juba, proie vivante qu’ils tourmentaient pour la féconder ? Les Français du XIXe siècle ont autre chose à faire sur le même théâtre : un peuple ne peut se refuser à ces grandes occasions de travail et de gloire qui d’en haut lui sont dépêchées par Dieu. Appelés à la succession des Romains, nous ne saurions y renoncer sans ignominie. Saint Louis et Bonaparte ont porté sur la terre africaine le nom de la France qui ne peut plus en disparaître. Ne savons-nous plus ni conquérir, ni civiliser ? Sommes-nous devenus incapables de la paix comme de la guerre ? Réussira-t-on à nous déshabituer de la grandeur et à nous ôter le goût de la gloire ?

Salluste revint à Rome en 710 avec ses documens et ses richesses ; des députés d’Afrique l’y suivirent pour se plaindre et l’accuser. César leur imposa silence ; il ne pouvait trouver Salluste coupable ; probablement son lieutenant lui fit hommage d’objets précieux ou de quelques sommes considérables. Au surplus, comme les grands politiques, César était tout à ses amis, et s’il avait conquis le monde, c’est qu’il avait mis dans l’esprit des hommes que son amitié était un sauf-conduit éternel.

Désormais tout concourait à la satisfaction et à la grandeur de Salluste, et il commença de se bâtir un établissement magnifique. Il acheta un vaste terrain sur le mont Quirinal, dans le quartier des hautes rues, alta semita ; il y fit construire une maison splendide avec des dépendances qui formaient plusieurs autres édifices considérables ; devant la maison s’étendit une place publique qui servit de marché ; enfin il fit planter ces jardins immenses qui furent si long-temps les délices des Romains. Ces jardins étaient parsemés des plus belles statues et des plus ravissans chefs-d’œuvre ;