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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/598

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Dans l’année 708, César revint d’Égypte, et Salluste fut élevé à la préture : il avait quarante ans ; à la même époque, il se donna le plaisir d’épouser la femme divorcée de Cicéron, Térentia, que fatiguaient sans doute les fautes politiques de son mari, femme impérieuse, passionnée, et qui passait du côté des vainqueurs. Salluste et Térentia unirent leurs ambitions et leurs ressentimens par un mariage qui dut donner de singuliers déplaisirs à l’excellent consul.

Mais César ne laissa pas long-temps oisifs les talens de Salluste ; dans le dessein d’avoir raison de ses ennemis d’Afrique, il donna ordre à Salluste de conduire par la route de Capoue la dixième légion avec quelques autres, et de les embarquer. Les légions ne voulurent pas tenter la mer et de nouveaux hasards ; elles se révoltèrent contre Salluste et le poursuivirent presque jusqu’aux portes de Rome. César accourut au Champs-de-Mars ; on sait comme d’un mot il réprima la sédition et comment les soldats, ne voulant pas être appelés bourgeois, reprirent avec fanatisme le joug militaire. On part pour l’Afrique ; quelques jours après le débarquement, César détacha Salluste avec une partie de la flotte pour aller s’emparer des magasins de l’ennemi, dans l’île Cercine, en lui mandant que cette expédition n’admettait ni excuse, ni retard, ni échec. Salluste obéit, et réussit ; il était digne d’être le lieutenant de César. La campagne fut heureuse, et César quitta l’Afrique après en avoir nommé Salluste gouverneur.

Il est des momens où les fortes natures s’établissent dans la diffusion complète de leur puissance, de leurs qualités et de leurs défauts ; cet instant semblait venu pour Salluste. Tout était accompli dans les destinées de la guerre civile ; l’action militaire était à bout, et César, suivant les suggestions de son propre caractère et les conseils de son ami, gouvernait Rome bonis pacis artibus. Le nouveau proconsul n’eut pas plus tôt jeté les yeux autour de lui, et considéré sa province, qui était toute la côte d’Afrique, depuis Carthage jusqu’à l’océan, qu’il résolut à la fois de recueillir des documens pour écrire l’histoire de Jugurtha et de l’Afrique, et d’immenses richesses pour mener à Rome une splendide existence. Les deux desseins sont conduits de front ; Salluste veut être le plus grand historien de Rome et le plus riche des Romains ; l’Afrique