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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/59

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tout le monde a faite : le billot est placé de telle sorte que Jane, en s’inclinant, y poserait tout au plus la partie inférieure de sa poitrine, mais la tête viendrait sur le cadre. S’il n’y avait à reprendre que cette misère, je n’en parlerais pas, non plus que de la paille toute neuve, dont les brins rares et luisans épongeraient fort mal le sang qui va couler. Je n’ai rien à dire d’une figure vue de dos, et qui semble prier. Quant au fond du tableau, j’ai peine à le comprendre. Le peintre a-t-il choisi ce ton gris et uniforme pour découper plus facilement la silhouette de ses figures ? Peut-être bien. Mais rien ne nous dit que les acteurs sont placés dans une chambre basse de la Tour de Londres.

Je dois à la vérité de déclarer que les mains du bourreau et celles de la femme endormie ou évanouie sont étudiées avec finesse, avec conscience.

Cette composition, qui ne me semble pas bonne, a-t-elle au moins le mérite de l’originalité ? Ou je me trompe fort, ou il faut se décider pour la négative. Il y a dans les illustrations de David Hume un dessin d’Opie, gravé par Skelton, et publié en 1795 par Bowyr, Pall Mail, qui représente la mort de Marie Stuart. Voici la disposition des figures, en commençant par la droite. Un bourreau debout, tenant de sa main gauche le manche de sa hache, essayant le tranchant de l’autre main ; Marie Stuart à genoux, d’aplomb, droite, grave, résignée, partant pour le ciel ; derrière elle, le valet du bourreau qui lui bande les yeux ; plus loin, une femme vue de dos, et qui semble prier ; et enfin à gauche, au bord du cadre, une femme qui joint les mains et fléchit la tête en signe de désespoir. Je le demande, n’y a-t-il pas entre l’œuvre d’Opie et celle de M. Paul Delaroche une frappante analogie ? Je répugnerais à supposer l’imitation à trente-neuf ans de distance, si le peintre français n’avait déjà contre lui des précédens défavorables. Sa mort d’Elisabeth, qui, en 1827, obtint un succès si brillant, n’était que la reproduction littérale d’un dessin de H. Smirke, gravé à Londres par Neagle, et publié par le même Bowyr. M Paul Delaroche n’avait pris que la peine de retourner les figures, comme on le fait d’ordinaire lorsqu’on grave un tableau. Je n’ai pas la prétention de généraliser sur deux exemples : je laisse donc aux érudits le soin de découvrir les origines calcographiques des autres