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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/565

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LA

BELLA MALCASADA

Don Andres but un grand verre de limonade ; puis ayant relevé sa moustache comme pour ouvrir à sa parole un passage plus libre et plus facile, il raconta ce qui suit :

— Depuis qu’ayant quitté l’armée de Flandres, j’étais venu me fixer avec mon frère à Valladolid, en 1560, je n’avais guère songé à profiter de mon séjour en cette ville, pour m’y pousser à la cour et près des grands. Je ne manquais pourtant pas d’amis et de protecteurs puissans qui m’eussent volontiers frayé le chemin des emplois et des grâces ; mais ce n’était nullement de ce côté que m’emportait mon inclination. Je ne me sentais point la vocation de ces hommes courageux et diligens, qui, debout avani le jour, amis de tous les astres, s’en vont épier le réveil des ministres, après celui du soleil, et adorent toutes les divinités dont le lever s’entoure de nuages d’or. Ma jeunesse imprévoyante et frivole avait d’autres ambitions et d’autres penchans.