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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/548

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542 REVUE DES DEUX MONDES.

pour que la fleur étouffée en les ramures puisse croître au soleil et du milieu de tes ruines s’élancer jusqu’au ciel. — Quelle surprise étrange chez les hommes, demain, quand on dira : Don Juan s’est fait moine ! que de livres ils vont écrire là-dessus ! Et quand je serai mort, quelle rumeur chez tous les savans de la terre ! Comme ils viendiont chercher sur mon crâne les traces de mon ame, et les flairer, pareils à des chiens qui s’arrêtent à l’endroit où l’alouette s’était posée et demeurent absorbés sur la piste, tandis que l’oiseau matinal joue et chante dans l’air ! N’importe, je n’en serai que plus inexplicable ; ils auront beau se torturer l’esprit, noircir leurs parchemins, entasser volume sur volume ; ils deviendront fous peut-être, mais ils ne me comprendront jamais. Don Juan ! qui donc expliquera don Juan ? cet être que toutes les femmes ont vu devant elles à l’heure de leur perdition, qui n’est ni roi ni fils de roi, et se ferait servir par des princesses, qui tient les hommes en mépris et court les champs seul avec son valet ! qui viole, blesse et tue avec ses yeux, développe à la fois des semences de haine et d’amour, de vie et de mort avec son regard, son seul regard ! et, comme le soleil, fait croître dans un même champ des ronces et des épis, et qui par un beau soir, ivre de duels, de femmes et de vin, raillant le ciel et l’enfer, entre dans une tombe, et le matin en sort moine et transfiguré ! Don Juan, qui saura jamais ce que c’est que don Juan ? Les hommes, ils ne me croiront pas, et quand je traverserai la place ainsi vêtu, ils diront : Don Juan est mort, ce n’est pas là don Juan, mais son ombre ; et tous prendront ma robe de moine pour quelque hnceul trouvé dans le sépulcre du commandeur. — Je tiendrai ma parole, Seigneur, le pacte est fait, maintenant il me faut l’extase des martyrs et des anges, il faut que ton esprit me recouvre comme une chape toute l’éternité, car mon ame ne dépouille pas son corps pour rester nue ensuite et frissonner au grand air. Je veux prier, je veux prier, dussè-je mourir dans l’effusion de ce nouvel amour. Prier ! mais on ne m’a jamais appris de formule ; prier ! comment prier si la révélation ne me vient pas ? Cependant mon ame est suspendue, elle peut retomber si les ailes de la prière ne l’emportent bien vite au tabernacle du Seigneur. Anna l’a dit, la prière est la seule voix d’iri-bas qui s’entende là-haut, In prière est l’occupation éternelle