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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/499

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concernant les théâtres est renfermée dans le décret de 1806, du moins le disait-il à la tribune. Encore M. Thiers ne se regarde pas lié par ce décret ; il a déclaré qu’il en prendra ce que bon lui semble, et qu’il en retranchera ce qui lui en paraît mauvais. C’est ainsi que M. Thiers entend l’administration ; il fouille à son gré dans l’arsenal de la Convention, du Directoire et de l’Empire, y prend les armes qui lui conviennent, et les enfonce plus ou moins à son gré. Au reste, ce décret de 1806 est une arme com- mode, et M. Thiers pourrait bien se contenter de l’article 14, par lequel aucune pièce de théâtre ne peut être jouée sans l’autorisation du ministre de la police générale. Il trouverait même, dans les décrets impériaux de la même année quelque article qui défend de publier un journal sans soumettre préalablement chaque numéro à la censure de la police. Que n’en fait-il aussi usage ?

Les grandes affaires de l’Opéra, qui occupaient si vivement M. Thiers, sont terminées. M. Véron ne sera pas remplacé. L’homme de lettres qui devait prendre la direction de l’Opéra, et qui a le grand tort d’être l’un des collaborateurs de la Revue des Deux Mondes et le coupable correspondant du West-End-Review : où il s’efforce de faire apprécier le mérite de nos hommes d’état, a été définitivement repoussé par M. Thiers. On a trouvé ses opinions politiques incompatibles avec les qualités nécessaires à un directeur de l’Opéra, et l’on a craint qu’il n’imprimât une direction trop libérale au chant et à la danse. D’ailleurs, il avait eu le malheur de tracer avec trop de vérité, dans la Revue des Deux Mondes, les campagnes et les négociations politiques d’un haut fonctionnaire du gouvernement de juillet, qui a déclaré qu’il briserait son épée plutôt que de voir son historien à la tête de l’Académie Royale de musique. Quel malheur pour la France, si l’épée que portait ce grand général, quand il fut défait à Almanacid et surpris à Drissa, eût été mise en pièces ! Il a bien fallu se rendre à de si hautes raisons. On doit quelques égards à ses amis politiques, et M. Thiers, qui veut nous gouverner militairement, a beaucoup plus besoin des généraux de l’empire que d’un directeur d’Opéra.

Sur les ordres de l’empereur de Russie, M. Demidoff, qui usait noblement en France d’une immense fortune, se dispose à regagner St.-Pétersbourg, où il doit fixer sa résidence. C’est M. Thiers qui s’est rendu acquéreur de la voiture de ville et de l’attelage de M. Demidoff dans la vente qu’il a faite avant son départ. On dit que M. Thiers cherche aussi à acheter un cheval de bataille.

L’espace nous manque pour parler des débuts de Mme Dorval au Théâtre Français dans Henri III, où elle s’est montrée digne de sa haute réputation. Nous y reviendrons prochainement.