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n’avait pas menacé la législature d’un ton plus haut que ne le font cette fois nos ministres. C’est aux électeurs que s’adressent ces menaces. Le Journal des Débats que nous citons, et qui a cette fois le grand mérite de la franchise, ne le leur cache pas. « La loi sur les crieurs publics et la loi des associations ont commencé l’œuvre, dit-il en terminant ; qu’il sorte une chambre qui persévère dans ces mesures salutaires... et nous n’aurons pas besoin de nous réfugier sous le despotisme du sabre pour échapper au despotisme de la plume. » Ainsi voilà les électeurs bien prévenus. Qu’ils se hâtent d’envoyer à la chambre une majorité ministérielle bien dévouée comme la dernière, et le ministère voudra bien leur accorder l’exercice de leurs droits ; mais à ce prix seulement, carde leur soumission dépend leur existence et celle du régime représentatif tout entier. S’il leur prend quelque velléité d’indépendance, si leurs votes soutiennent l’esprit de la presse qui a l’audace de blâmer souvent les ministres, si leurs choix ébranlent l’existence politique de M. Duchatel, de M. Tliiers et de M. Guizot, MM. Guizot, Thiers et Duchatel monteront à cheval, et feront voir à leurs représentans qu’il y a pour le moins autant de fenêtres en 1834 au Palais-Bourbon, qu’il s’en trouvait le 18 brumaire de l’an VIII, à l’orangerie de St.-Cloud. En vérité, jamais le ministère Polignac n’avait osé revêtir d’un langage aussi extravagant la folle pensée qui a renversé le dernier pouvoir !

Nos Cromwells et nos Bonapartes futurs marchent ouvertement à l’exécution de leurs projets, et les motifs de la loi des crédits supplémentaires, présentée à la suite des derniers troubles, n’ont pas non plus un sens bien caché. L’armée semblait suffisamment nombreuse à nos ministres pour se soumettre aux volontés de la sainte-alliance, et se laisser menacer par tous les souverains ; elle ne l’est plus assez maintenant qu’il s’agit de menacer la France et de lui serrer le cou. Elle sera donc portée à trois cent soixante mille hommes, et le pays, qui a vaincu la dernière révolte par son bon sens et sa vigueur, en sera récompensé par une augmentation de trente-six millions sur son budget. En attendant, pour préparer l’armée à se mettre en campagne, huit croix ont été distribuées à chacun des régimens qui ont fait leur devoir dans les dernières émeutes. C’est moitié plus que Napoléon n’en donna sur les champs de bataille d’Austerlitz et d’Eylau.

Si le ministère se soucie peu de l’approbation du pays et se met peu en position de l’obtenir, celle de la sainte-alliance ne lui manque pas du moins, et il la recherche avec empressement. On ne s’est pas plus vivement félicité, au château, de la dernière victoire remportée sur l’insurrection que du discours prononcé par M. Pozzo di Borgo, à la tête du