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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/456

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d’un 18 fructidor contre la presse libérale, la mauvaise presse, comme la nomme pédagogiquement M. Guizot. On ne fit pas tout ce qu’on se promettait de faire ; mais l’état de siège, les arrestations, les conseils de guerre et les ordonnances de rétroactivité qui les instituaient, furent des pas assez décisifs, et montrèrent assez clairement où tendait le pouvoir. M. Guizot était déjà bien loin du temps où, du fond du cabinet de M. Périer, il essayait de faire de la force, mais comme l’entendait M. Périer lui-même, sans sortir de la charte et des lois. De telles idées lui paraissaient alors mesquines, il mit son habileté au service de sa colère, et il exploita avec un art infini, et sans ménagement, l’émeute qui venait d’échouer.

On se sent douloureusement ému en voyant une haute intelligence, comme celle de M. Guizot, se rétrécir et s’user dans de semblables combinaisons. Quand M. Guizot professait avec tant d’élévation la reconnaissance de tous les droits ; quand il posait des bornes invariables au pouvoir ; quand il déclarait que rien ne peut justifier ses empiètemens sur les droits du peuple, qui eût dit qu’un jour, monté au pouvoir par ses prédications, il serait lui-même un de ces ministres subtils et envahisseurs qu’il flétrissait avec tant d’énergie, aux applaudissemens de toute la jeunesse accourue pour l’entendre ? Qui eût dit aux lecteurs des beaux pamphlets de M. Guizot, qu’un jour viendrait où il prononcerait à la tribune ces tristes paroles : « Le parti que nous combattons est la mauvaise queue de la révolution ; c’est un animal immonde qui vient traîner sur les places publique sa face dégoûtante, et y exposer les ordures de son âme. » Ainsi dans cette malheureuse transformation qu’ont subie le caractère et le talent de M. Guizot, son style même a changé, et avec ses vues hautes et graves, il se trouve avoir perdu aussi la belle simplicité et l’élégance antique de sa parole. Autrefois les adversaires de M. Guizot commettaient des erreurs, ils avaient de faux principes ; il relevait avec esprit et dignité leurs inconséquences ; il signalait sérieusement la fragilité de leurs théories : aujourd’hui tout ce qui ne pense pas comme lui doit être rayé de la liste des gens honnêtes, c’est son mot, et il l’applique à ses seuls partisans ; tous les autres sont livrés à de basses et criminelles pensées, et dévorés par de mauvaises passions. Les mauvaises passions ! c’est là surtout son injure favorite ; les