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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/453

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nécessaire dans sa situation. D’abord, loin de se séparer de la société Aide-toi, qui était toute puissante, il est vrai, il resserra encore ses liens avec elle, reçut journellement ses anciens amis du comité, prit leur avis sur les affaires, et fit plus, car il suivit souvent les avis qu’on lui donnait. Aussi tous les choix de préfets et de fonctionnaires nommés par M. Guizot se ressentirent de cette influence, et furent exclusivement faits parmi les hommes que M. Guizot désigne aujourd’hui comme « la mauvaise queue de la révolution. » Sur l’ordre du nouveau ministre, le comité populaire créé pour secourir les réfugiés espagnols, obtint du préfet de police des feuilles de route collectives et des indemnités pour les détachemens qu’on dirigeait vers la frontière, dans l’espoir d’opérer une révolution en Espagne. Enfin, l’esprit libéral le plus exigeant n’eût rien trouvé à reprendre aux actes qui signalèrent d’abord le ministère de M. Guizot, et ses nouveaux amis politiques ne furent pas moins étonnés que ses anciens amis de la restauration de découvrir en lui un révolutionnaire si franc et si fougueux. Pour moi, je crois avoir trouvé l’explication de la conduite de M. Guizot, homme en qui, je dois le croire, les intérêts de l’intelligence dominent toujours ceux de la matière, et qu’on pourra peut-être accuser d’inconséquence, mais jamais de duplicité. M. Guizot avait été porté si inopinément dans le tourbillon des affaires, la force populaire, à laquelle il s’était confié un moment, l’avait lancé tout à coup si haut ; il s’était trouvé si subitement transplanté d’une monarchie dans une autre, que toutes ses abstractions historiques en avaient été troublées, et que réfléchissant à ce qui venait de se passer, à l’effroyable commotion qui s’était faite, il se sentait enclin à la reconnaissance envers ceux qui, tenant de telles forces entre leurs mains, ne s’en étaient pas servis pour faire davantage, et le jeter plus loin encore qu’il n’était arrivé, à sa grande surprise. En un mot, il caressait d’une main un peu tremblante la république, enchanté qu’il était de la trouver si humaine et si bonne personne, après l’avoir crue prête à tout dévorer.

Un écrivain d’une rare portée a dit que M. Guizot était alors prêt pour la république comme pour la monarchie, et bien résigné à prendre un ministère, quelque régime que nous eût donné