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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/445

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personne. Il n’est jamais bon que le pouvoir puisse tout, jamais bon que, pour lui résister, on soit poussé à le détruire. Or, tant que l’opposition, cantonnée à la tribune, n’est rien d’ailleurs dans les affaires, n’influe en rien sur l’exercice du pouvoir ni sur les destinées de la société, la question se pose ainsi, et le but du système représentatif n’est point atteint. »

M. Guizot ne s’en tient pas à ces vagues généralités. Il précise, il formule ses demandes. « Que si l’on demande par où et comment pourrait avoir lieu cette participation de l’opposition au gouvernement même qu’elle combat, je dirai que sa place est partout clairement indiquée. Si l’indépendance du jury était garantie, si les citoyens intervenaient réellement dans l’administration locale, nous ne verrions pas tous les conseils généraux, tous les conseils municipaux, unanimement silencieux ou complaisans. Si le corps enseignant avait des droits, nous n’entendrions pas sans cesse parler de professeurs arrachés à leurs élèves, d’élèves arrachés à leurs professeurs. Vous voulez chasser de partout l’opposition ; c’est la réduire à tout risquer pour vous chasser vous-même. Vous lui avez fait une part dans les chambres ; vous avez senti la nécessité de lui laisser là la parole, c’est-à-dire le genre d’action que comporte le lieu. Eh bien ! croyez-vous que tout le parti de l’opposition dans le pays, toute cette minorité du moment, qui peut-être n’est pas la vraie minorité, puisse demeurer les bras croisés, écoutant cinq ou six orateurs qui parlent pour elle, du reste partout annulée, partout absente, partout placée sous la domination, mise, pour ainsi dire, hors du territoire, du moins hors des affaires de la société, en attendant que, par l’éloquence ou par le désordre, elle puisse ressaisir l’empire, et, à son tour, imposer aux autres la même condition ? Quelle folie ! quelle ignorance des droits de la liberté et des intérêts du pouvoir ! Savez-vous pourquoi la liberté existe en Angleterre, pourquoi le pouvoir y surmonte tant d’orages ? C’est que le ministère et l’opposition ne s’y livrent point, ne peuvent s’y livrer une semblable guerre. L’opposition a beaucoup plus que des organes dans les chambres ; elle a dans le pays des magistrats qui pensent comme elle ; elle intervient dans les conseils municipaux, dans les cours de comté, dans une partie des fonctions et des affaires publiques, et là où elle domine, elle les règle comme