Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/437

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


niaisement débiter à la tribune contre la liberté d’émettre ses opinions que donnait la charte, mais qui, disait-il, n’entraînait pas le droit de publier les opinions des autres. « Proclamons-le avec vérité, disait M. de Montesquiou d’après M. Guizot, la censure est importante aux bonnes lettres. La censure devint importune à Rome lorsque les mœurs se corrompirent. De même lorsque les lettres se corrompent, on ne veut plus de censure littéraire. » — M. Raynouard était rapporteur de la loi ; dans son discours habilement conçu, le ministre s’adressa à M. Raynouard lui-même. « Je ne crains pas, ajouta-t-il, d’en appeler au rapporteur. Je lui demanderai s’il est utile de laisser un champ libre aux mauvais écrivains, à ceux qui ignorent les premiers principes ; enfin si ce n’est pas après de longues méditations, après des études laborieuses qu’il a pu produire ses excellens écrits. La censure, dit-on, détruit la liberté de la presse. Détruisez-vous la liberté de la parole parce que vous mettez un terme à la licence du théâtre ? Les journaux, sans doute, peuvent donner des leçons utiles, mais voulez-vous qu’ils soient indépendans ? Vous dites qu’on arrêtera leurs feuilles s’ils se livrent à des excès. De quel droit allez-vous punir vingt-cinq ou trente mille souscripteurs de la feuille qu’ils ont achetée par leurs abonnemens ? » L’exposé de motifs de M. Guizot serait vraiment curieux à reproduire. Ce projet, qui créait la censure, commençait ainsi : « Il faut conserver la liberté de la presse de manière à la rendre utile et durable. » — Il faut rentrer dans la charte, disait M. de Chantelauze dans l’exposé des motifs des ordonnances de juillet, qui offre plus d’un rapprochement avec l’exposé de la loi de 1814. — Enfin M. Guizot donna, autant qu’il était possible, sa sanction à cette loi, en s’inscrivant lui-même sur la liste des censeurs entre M. Ch. Lacretelle et M. Frayssinous.

Ce début politique mena M. Guizot où il devait le mener, lui et le gouvernement qu’il servait ainsi, à la fuite, à l’exil, à Gand, où nous le retrouvons chargé d’une mission près de Louis XVIII, par les hommes modérés de la restauration, qui demandaient l’éloignement de M. de Blacas et un ministère présidé par M. de Talleyrand. M. Guizot avait-il déjà fait un retour sur lui-même ? la lourde chute de cette monarchie sous les faibles mains qui s’employaient avec tant de peine à la constituer fortement avait-elle ébranlé ses