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peignait lui-même avant de les copier, et disposait leurs tresses selon les diverses manières de la statuaire grecque.

Ces filles ont généralement une expression de douceur et de naïveté, qui, reproduite sur des linéamens plus fins et sur des formes plus délicates, a dû inspirer à Canova la délicieuse tête de Psyché. Les hommes ont la tête colossale, le front proéminent, la chevelure épaisse et blonde aussi, les yeux grands, vifs et hardis, la face courte et carrée. Rien de profond ni de délicat dans la physionomie, mais une franchise et un courage qui rappellent l’expression des chasseurs antiques. Le temple de Canova est une copie exacte du Panthéon de Rome. Il est d’un beau marbre fond blanc, traversé de nuances rousses et rosâtres, mais tendre et déjà égrainé par la gelée. Canova, dans une vue philanthropique, avait fait élever cette église pour attirer un grand concours d’étrangers et de voyageurs à Possagno, et procurer ainsi un peu de commerce et d’argent aux pauvres habitans de la montagne. Il comptait en faire une espèce de musée de ses ouvrages. L’église aurait renfermé les sujets sacrés sortis de son ciseau, et des galeries supérieures auraient contenu à part les sujets profanes. Il mourut sans pouvoir accomplir son projet, et laissa des sommes considérables destinées à cet emploi. Mais quoique son propre frère, l’évêque Canova, fût chargé de surveiller les travaux, une sordide économie ou une insigne mauvaise foi a présidé à l’exécution des dernières volontés du sculpteur. Hormis le vaisseau de marbre sur lequel il n’était plus temps de spéculer, on a obéi mesquinement à la nécessité du remplissage. Au lieu de douze statues colossales en marbre qui devaient occuper les douze niches de la coupole, s’élèvent douze géans grotesques qu’un peintre habile, dit-on d’ailleurs, s’est plu à exécuter ironiquement pour se venger des tracasseries sordides des entrepreneurs. Très peu de sculpture de Canova décore l’intérieur du monument. Quelques bas-reliefs de petite dimension, mais d’un dessin très pur et très été gant, sont incrustés autour des chapelles ; tu les as vus à l’académie des beaux arts de Venise, et tu en as remarqué un avec prédilection. Tu as vu là aussi le groupe du Christ au tombeau qui est certainement la plus froide pensée de Canova. Le bronze de ce groupe est dans le temple de Possagno, ainsi que le tombeau qui renferme les restes du sculpteur :