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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/395

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considérable, qui devait, en crevant, terminer la vie du blessé. L’annonce de ce résultat ne surprit ni ne troubla Du Couëdic. Il se hâta pourtant de se confesser, reçut les sacremens de l’église, et, sans efforts, sans convulsions, sans délire, rendit l’âme le 7 janvier 1780, prêt à comparaître devant le Dieu de sa croyance, le front aussi calme qu’en face des Anglais, qu’à l’abordage du Quebec.

D’après les ordres du roi, un monument funèbre fut élevé à Brest à la mémoire de Du Couëdic, dans l’église paroissiale de Saint-Louis. Ce monument consistait en un tombeau surmonté d’une pyramide de marbre noir. Le tout, placé au pied de l’une des colonnes du chœur, derrière le maître-autel, ne faisait qu’une saillie d’environ six pouces sur la face de cette colonne ; l’aspect de ce tombeau ne manquait toutefois, en dépit de cette extrême simplicité, ni de grâce, ni de dignité. Le combat de la Surveillante y les blessures et la mort de Du Couëdic, étaient racontés dans une courte inscription placée sur la face extérieure de la pyramide ; l’inscription mentionnait en outre la douleur du roi en apprenant la mort de ce vaillant officier, et les ordres qu’il avait donnés d’en honorer et d’en perpétuer le souvenir par ce monument. Le sommet de la pyramide était surmonté d’un écusson aux armes de Du Couëdic ; au-dessous de l’écusson, on lisait ces mots : « Jeunes élèves de la marine, admirez et imitez l’exemple du brave Du Couëdic, premier lieutenant des gardes de la marine. » Emporté, comme tant d’autres, par nos orages révolutionnaires, ce monument fut relevé à la première aurore d’ordre et de stabilité qu’on vit se lever sur la France. Il faut le chercher dans le lieu le plus silencieux, le plus retiré de la vaste église où il est placé, la même où viennent souvent prier, agenouillées auprès de quelques statues de saints, des femmes du peuple, ou pour mieux dire de marins, en brûlant aux pieds de ces statues de petits cierges ou des chandelles. Comme le lieu est sombre et obscur, il arrive souvent que c’est à cette lumière qu’on lit la courte inscription que nous avons rappelée ainsi que le nom de Du Couëdic. Mais ces pieuses pratiques, mais tout cet entourage se trouvent complètement en harmonie avec les impressions que font naître le lieu et le monunieni qu’on a devant les yeux. Ce théâtre convient à la mâle et