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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/367

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construire toute une journée des barricades sans les détruire, quand sa lenteur calculée augmente l’audace et le nombre des factieux ; il la fait chaque fois qu’il ne l’empêche pas par tous ses efforts, quand tout ce qu’il a de force et de puissance n’est pas employé à éviter l’effusion du sang. Dès qu’il agit autrement, il n’est plus qu’un gouvernement de barbarie et de conquête, tel que nous l’avons fait à Alger, où nous campons en vrais Turcs, le fusil armé et le sabre à la main, excitant partout la haine, provoquant les actions cruelles, et exterminant des tribus entières pour nous venger. Ce noble et généreux système a déjà produit ses fruits ; on parle d’abandonner Alger, et hier à la tribune on en demandait formellement l’évacuation. La France est cependant gouvernée par le même système. Evacuera-t-on la France ?

Le ministère s’attend avec raison à des élections favorables. Le sang qui a coulé fécondera l’avenir politique de M. Thiers et de ses amis. La peur est aussi bonne à exploiter dans les collèges électoraux que dans les chambres, et le seul embarras qu’on y rencontrera, embarras fort léger à cette heure, c’est le parti légitimiste. Les journaux qui expriment les opinions de ce parti, ont publié cette semaine une déclaration adressée à tous les royalistes, pour les inviter à se rendre dans les collèges, et à y prendre rang, soit par leurs votes, soit par leurs protestations. Le ministère a essayé de parer ce coup en faisant adresser par M. Persil une circulaire aux évêques de France, à l’occasion de la fête du roi. On y parle des vertus chrétiennes de Louis-Philippe, et de la nécessité d’enflammer le zèle des âmes pieuses en faveur de ce soutien de la religion. S’il en est ainsi, nous verrons bientôt la messe en honneur, comme elle le fut au commencement de l’empire. L’hypocrisie religieuse succédera-t-elle à l’hypocrisie de liberté qui commence à s’user et à ne plus faire de dupes ? Ce sera un curieux spectacle que celui des fonctionnaires actuels agenouillés dans les nefs de Notre-Dame et de Saint-Germain-l’Auxerrois, encore toutes mutilées par suite de leurs longues déclamations contre les prêtres ; mais le principe religieux est un frein nécessaire pour maintenir le peuple, un moyen de le contenir, comme les condamnations à mort, les travaux forcés, les lois contre les barricades, et nos habiles hommes d’état ne négligeront pas de l’employer.

Au milieu de tous leurs embarras, ils s’occupent déjà, avec beaucoup d’ardeur, de faire refleurir les bonnes mœurs, un peu négligées, comme on sait, par l’aristocratie de juillet. Le premier pas a été fait, il y a deux jours, par M. Thiers. Sur un cri d’alarme et de pudeur lancé par le Constitutionnel, défense a été faite au directeur du Théâtre-Français de laisser jouer le drame d’Antony, de M. Alex. Dumas, où devait débuter ce