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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/364

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assez fous pour recourir aux ordonnances qui firent choir le malheureux Charles X. Les fautes de Charles X ont été maintes fois discutées et pesées dans le conseil, et là il a été dit bien souvent que le roi déchu, dont on tient la place, avait frappé à la fois trop fort et trop mollement. Charles X pouvait facilement obtenir les résultats qu’il se promettait par ses ordonnances, sans publier ces ordonnances fatales ; il ignorait que les hommes qui s’entendent à manquer de parole, choisissent toujours l’heure où ils faussent tous leurs engagemens, pour proclamer leur bonne foi et leur fidélité à les remplir. Le gouvernement de juillet ne périra jamais par cet excès de naïveté et de franchise. Si la charte, si les lois qui en dérivent, si les libertés qu’elle consacre et qu’elle maintient le gênent dans sa marche et sont un obstacle à ses projets, c’est aux chambres qu’il s’adressera pour se procurer les moyens de poursuivre sa route. Les chambres n’ont rien à refuser au pouvoir la veille ou le lendemain d’une émeute, et le pouvoir n’est-il pas toujours à la veille ou au lendemain d’un de ces jours-là ? Napoléon en usait ainsi avec la victoire. Le lendemain d’une bataille gagnée, le sénat et le corps législatif lui votaient des millions et des hommes pour qu’il pût continuer de battre les ennemis de la France ; et si la bataille était perdue, les représentans de la nation volaient encore des hommes et des millions afin qu’on pût se défendre. Les émeutes sont plus profitables au pouvoir actuel que ne l’ont jamais été au trône impérial Austerlitz, Wagram et Friedland. Après les journées de juin, il se confia à lui-même la dictature militaire à laquelle il aspire tant ; les premiers troubles de Lyon lui valurent son budget et des crédits extraordinaires ; le coup de pistolet anonyme le tira de nouveau de ses embarras financiers, et maintenant il demande à escompter sa dernière victoire de Lyon et de la rue Transnonain pour la faible somme de 14,014,000 fr. qui allaient échapper au maréchal Soult sans ces malheureuses affaires.

Il est fâcheux que la France ne puisse assister un jour tout entière, mais en secret, à une séance du conseil des ministres. Elle y puiserait plus d’instruction véritable et d’expérience politique que dans la lecture de dix sessions législatives, rapportées par le Moniteur. Le conseil qui suivit les affreux massacres de la rue Transnonain et les meurtres non moins affreux commis par les insurgés républicains, ne serait pas le moins curieux à connaître. M. Thiers avait retrouvé sa voix qui était si tremblante et si éteinte le jour où il annonça à la chambre les événemens de Lyon. Il avait heureusement cessé de souffrir de cet étrange enrouement et de cette visible strangulation que lui causaient les dépêches inquiétantes qu’il lisait à la tribune ; en un mot le danger était passé et déjà loin.