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en diminuant progressivement les salaires. Quand le saint-simonisme, dans sa brusque apparition, n’aurait eu d’autre effet que d’inspirer à des intelligences chrétiennes cette émulation d’inquiétude et de recherche à l’article des souffrances profondes, nées de l’excès industriel, il n’aurait point passé sans fruit pour le monde.

Les chapitres XII et XIII contiennent la parabole des sept hommes couronnés. J’y trouverais à reprendre une teinte un peu trop apocalyptique et un excès d’horreur que les sept hommes couronnés ne méritent pas seuls, et qui s’affaiblirait nécessairement si on la répartissait, comme ce serait justice de le faire, sur toute cette classe supérieure ou moyenne qui les approuve et les soutient. Je sais que les propositions que l’auteur prête aux sept hommes et qui peuvent paraître le plus exagérées : abolissons la science y tuons la concorde, le bourreau est le premier ministre d’un bon prince, etc., sont textuellement extraites d’un livre italien assez récemment imprimé à Modène. Mais le Machiavel de Modène ne devait pas être pris si à la lettre, la vérité ici passe la vraisemblance ; et comme goût d’abord, et un peu comme justice, j’aurais voulu qu’il fût tenu compte des autres coupables dans la société, des coupables par assentiment et par égoïsme inerte, des coupables aussi par passions haineuses et brutalité, comme en offrent sans doute les rangs populaires.

A la suite de ces chapitres sombres, il en vient un qui les corrige, tout enchanteur de mansuétude et d’amour des hommes ; on croirait lire des pages retrouvées de l’Imitation. C’est cette alternative d’ardeur et de douceur, de violence et de tendresse, qui fait le fond du caractère de l’abbé de La Mennais et qui compose une des variétés les plus attachantes du caractère chrétien lui-même. Il croit au bien, et il croit au mal ; il s’indigne ingénuement, et il aime avec transport ; il maudissait tout-à-l’heure les ennemis des hommes, et voilà qu’il tombe en pleurs entre vos bras.

A propos des suggestions inspirées par l’enfer aux oppresseurs du monde, le poète-prophète signale surtout la grande déception de V obéissance passive. Dans ces pages, écrites il y a plus d’un an, on retrouve à chaque ligne l’événement sanglant d’hier. Satan dit aux princes :

« Voici ce qu’il faut faire. Prenez dans chaque famille les jeunes