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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/347

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roula du côté opposé. La fraîcheur de l’air extérieur pénétra jusqu’à lui ; il vit que le secours inespéré qu’il avait reçu venait du dehors, et ne voulant pas perdre de temps, il se mit en devoir de passer par l’étroite ouverture qui lui était offerte d’une manière si inattendue. À moitié chemin, il rencontra un des ours qui faisait, de son côté, tous ses efforts pour pénétrer dans le cachot. Il avait entendu le bruit que faisait le détenu à l’intérieur de la prison, et par l’instinct de destruction naturel aux animaux, il s’était mis à le seconder de son mieux.

Le condamné se trouvait entre deux chances, être pendu ou dévoré ; la première était sûre, la seconde était probable : il choisit la seconde, qui lui réussit. L’ours, intimidé par la puissance qu’exerce toujours l’homme même sur l’animal le plus féroce, le laissa fuir sans lui faire de mal.

Le lendemain le geôlier, en entrant dans la prison, trouva une étrange substitution de personne ; l’ours était couché sur la paille du prisonnier.

Le geôlier s’enfuit sans prendre le temps de refermer la porte ; l’ours le suivit gravement, et trouvant toutes les issues ouvertes, arriva jusqu’à la rue, et s’achemina tranquillement vers la place du marché aux herbes. On devine l’effet que produisit sur la foule marchande l’aspect de ce nouvel amateur. En un instant, la place se trouva vide, et bientôt l’arrivant put choisir, parmi les fruits et les légumes étalés, ceux qui étaient le plus à sa convenance. Il ne s’en fit pas faute, et au lieu d’employer son temps à regagner la montagne, où personne ne l’aurait probablement empêché d’arriver, il se mit à faire fête de son mieux aux poires et aux pommes, fruits pour lesquels, comme chacun sait, ces animaux ont la plus grande prédilection. Sa gourmandise le perdit.

Deux maréchaux, dont la boutique donnait sur la place, avisèrent un moyen de reconduire le fugitif à sa fosse. Ils firent chauffer presque rouges deux grandes tenailles, et s’approchant de chaque côté du maraudeur, au moment où il était le plus absorbé par l’attention qu’il portait à son repas, ils le pincèrent vigoureusement chacun par une oreille. L’ours sentit du premier abord qu’il était pris ; aussi ne tenta-t-il aucune résistance, et suivit-il humblement ses conducteurs, sans protester autrement que par quelques