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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/339

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seulement s’élèvent de chaque côté du chœur : l’un est celui du duc de Zœringen, fondateur de la ville ; l’autre, celui de Frédéric Steiger, qui était avoyer de Berne lorsque les Français s’en emparèrent en 1798.

En sortant de la cathédrale, nous allâmes visiter la promenade intérieure : on la nomme, je crois, la Terrasse. Elle est élevée de 108 pieds au-dessus de la ville basse ; une muraille de cette hauteur, coupée à pic comme un rempart, maintient les terres et les préserve d’un éboulement.

C’est de cette terrasse que l’on découvre une des plus belles vues du monde. Au pied s’étendent, comme un tapis bariolé, les toits des maisons au milieu desquelles serpente l’Aar, rivière capricieuse et rapide, dont les eaux bleues prennent leurs sources dans les glaces du Finster-Aarhorn, et qui enceint de tous côtés Berne, ce vaste château fort dont les montagnes environnantes sont les ouvrages avancés. Au second plan s’élève le Gärthen, colline de trois ou quatre mille pieds de haut, et qui sert de passage à la vue pour arriver à la grande chaîne de glaciers qui ferme l’horizon, comme un mur de diamant ; espèce de ceinture resplendissante, au-delà de laquelle il semble que doit exister le monde des Mille et une Nuits ; écharpe aux milles couleurs, qui, le matin, sous les rayons du soleil, prend toutes les nuances de l’arc-en-ciel, depuis le bleu foncé jusqu’au rose tendre ; palais fantastique, qui, le soir, lorsque la ville et la plaine sont déjà plongées dans la nuit, reste illuminé quelque temps encore par les dernières lueurs du jour, expirant lentement au sommet.

Cette magnifique plate-forme, toute plantée de beaux arbres, est la promenade intérieure de la ville. Deux cafés, placés aux deux angles de la terrasse, fournissent des glaces excellentes aux promeneurs : entre ces deux cafés, et au milieu du parapet de la terrasse, une inscription allemande, gravée sur une pierre, constate un événement presque miraculeux. Un cheval fougueux, qui emportait un jeune étudiant, se précipita, avec son cavalier, du haut de la plate-forme : le cheval se tua sur le pavé, mais le jeune homme en fut quitte pour quelques contusions. La bête et l’homme avaient fait un saut perpendiculaire de cent huit pieds. Voici la traduction littérale de cette inscription.