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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/320

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REVUE DES DEUX MONDES.

10° Ceux de la mémoire ;

11° Ceux de l’imagination ;

12° Ceux de l’attente ;

Et enfin, ceux de l’association des idées.

La tâche du moraliste est d’amener dans les régions de la peine et du plaisir toutes les actions humaines, afin de prononcer sur leur caractère de propriété et d’impropriété, de vice ou de vertu ; et souvent les hommes ont à leur insu appliqué ce critérium utilitaire à leurs actions, au moment même où ils le décriaient avec le plus d’acharnement. L’ascétisme n’est qu’une fausse application du principe de l’utilité. Quant aux principes de quelques philosophes, comme le sens moral, de lord Shaftesbury, le sens commun, du docteur Beattie l’intelligence, du docteur Price, ils ne sont, aux yeux de Bentham, que choses vides et creuses, comme ces mots : la raison, la raison véritable, la nature, la loi naturelle, la justice naturelle, le droit naturel, l’équité naturelle, le bon ordre, la vérité.

Il est désirable, nécessaire même, de trouver un mot qui représente la balance des plaisirs et des peines, en tant que répartis sur une partie considérable de l’existence de l’homme. Le mot bien-être désignera la balance en faveur des plaisirs ; mal-être, la balance en faveur des peines. Le mot bonheur n’est pas toujours le mot propre ; il représente le plaisir à un degré trop élevé ; il paraît se confondre avec l’idée île jouissance au plus haut degré. En prenant l’espèce humaine en général, la balance incline du côté du bien-être. Des hommes, au nom de la religion, ont proclamé le malheur final, le malheur sans espoir, sans limite et sans terme, comme la consommation des dispensations terribles de Dieu. Ce dogme redoutable ne se trouve pas dans le christianisme, c’est une pernicieuse imposture que rien ne justifie.

Le but des actions humaines étant le bien-être, il faut examiner les sanctions que reçoivent ces actions humaines. Il y a plusieurs espèces de sanctions : la sanction physique, la sanction sociale ou sympathique, celle qui résulte des relations domestiques ou personnelles de l’individu ; la sanction morale ou populaire, qu’on appelle communément opinion publique ; la sanction politique ou légale, qui a deux branches, la judiciaire et l’administrative ; la sanction