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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/317

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MORALE DE BENTHAM.

Dans toutes les choses de la vie sagement considérées, l’intérêt et le devoir sont étroitement réunis ; et en saine morale le devoir d’un homme ne saurait jamais consister à faire ce qu’il est de son intérêt de ne pas faire. La morale lui enseignera à établir une juste estimation de ses intérêts et de ses devoirs ; et en les examinant, il apercevra leur coïncidence. Il est certain que tout homme agit en vue de son propre intérêt ; ce n’est pas qu’il voie toujours son intérêt là où il est véritablement, car par là il obtiendrait la plus grande somme de bien-être possible. C’est pourquoi la tâche du moraliste éclairé est de démontrer qu’un acte immoral est un faux calcul de l’intérêt personnel, et que l’homme vicieux fait une estimation erronée des plaisirs et des peines. De tous les êtres sensibles, les hommes sont ceux qui nous touchent de plus près et qui doivent nous être les plus chers. Il faut travailler à leur bonheur par l’exercice des vertus, de ces qualités dont la réunion constitue la vertu. La vertu se divise en deux branches : la prudence et la bienveillance effective. La prudence a son siège dans l’intelligence ; la bienveillance effective se manifeste principalement dans les affections, affections qui, fortes et intenses, constituent les passions. Qu’est-ce que le bonheur ? C’est la possession du plaisir avec exemption de peine. Il est proportionné à la somme des plaisirs goûtés et des peines évitées. Et qu’est-ce que la vertu ? C’est ce qui contribue le plus au bonheur, ce qui maximise les plaisirs et minimise les peines. Le vice, au contraire, c’est ce qui diminue le bonheur et contribue au malheur.

Le mot déontologie est dérivé de deux mots grecs, τὸ δέον (to deon) ce qui est convenable, et λόγος (logos), connaissance, discours, c’est-à-dire la connaissance de ce qui est juste ou convenable. Ce terme est ici appliqué à la morale, c’est-à-dire à cette partie du domaine des actions qui ne tombe pas dans l’empire de la législation publique. Comme art, c’est ce qu’il est convenable de l’aire ; comme science, c’est connaître ce qu’il convient de faire en toute occasion. La tache du déontologiste est de retirer de l’obscurité où on les a enfouis, ces points de devoirs dans lesquels la nature a associé les intérêts de l’individu à ses jouissances, dans lesquels son propre bien-être a été lié, combiné, identifié avec le bien-être d’autrui ; sa tâche, en un mot, est de donner au moteur social toute l’influence du