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TOUT OU RIEN, par Paul Foucher [1]. — Le jeune auteur dont nous annonçons ce récent ouvrage, en a écrit déjà plusieurs autres en vers et en prose, dans lesquels, au milieu de beaucoup d’inégalités et de défauts propres à l’école moderne, on pouvait remarquer de vraies beautés et des traits d’une imagination vigoureuse. Comme M. Alfred de Musset, dont il est le contemporain, il a écrit tout au sortir du collège ; mais sa maturité s’est plus fait attendre que celle du chantre de Don Paës et de la Camargo. L’inconvénient de ces productions précoces du talent, quand il ne se forme pas tout d’un coup, c’est de mettre le public dans le secret des efforts et des essais par lesquels on passe ; c’est d’achever ses études devant lui et de doubler, en quelque sorte, sa rhétorique hors du collège et sous des yeux moins bienveillans. Le public alors, quand il s’occupe de vous, arrive vite à une première opinion de laquelle il se défait ensuite malaisément. On a été ainsi sévère pour M. Foucher, et sa proche parenté avec un poète célèbre n’a servi qu’à mieux éclairer certains défauts d’imitation et d’exagération que tout jeune homme apporte dans sa première manière. Il a donc fallu à M. Foucher un grand fonds d’enthousiasme et une vraie inspiration intérieure pour triompher de ces ennuis que sa prompte imagination lui grossissait sans doute encore. Cependant il a persévéré, et de notables progrès d’observation et de style ont percé dans ses derniers volumes. Celui que nous annonçons exprime, dans un langage assez simple, et dont le défaut est de négligence parfois plutôt que de recherche, des situations touchantes et des sentimens étudiés sur la nature. L’action se passe en Angleterre, nous l’eussions mieux aimée chez nous, en France, à cause de la vérité plus réelle des mœurs : il est si difficile d’être fidèle, en écrivant, aux mœurs d’une nation étrangère, à moins de les avoir observées de très près. Pourtant rien ne nous a paru trop en dehors de la donnée anglaise dans le roman de M. Foucher. L’idée du livre est la double peinture d’une âme de femme douce, tendre, aimante, mais à la fois timorée, froide, et n’osant jamais rien qu’à demi, et, tout à côté, d’une âme de jeune homme, bouillante, passionnée, jalouse, exigeante, égoïste et sombre à la façon moderne. Ces deux caractères sont vrais, et celui de la femme, de miss Hannah, intéresse par les nuances même qui s’y succèdent et ne s’achèvent pas ; tout homme a rencontré ainsi dans le monde quelque femme douce, sensible, aimante, mais jusqu’à un certain degré seulement, et méfiante d’ailleurs, craintive, cédant aux considérations mondaines, insuffisante. Le caractère du héros, sir James, est plus vrai qu’intéressant ; ce jeune homme ombrageux, violent, déraisonnable,

  1. Un volume in-8°, chez Barba, rue Mazarine.