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prenons assurément beaucoup de part à sa disgrâce, mais il pourra se consoler en songeant que celle de M. Laffitte ne fut pas moins brusque ni plus méritée.

Les événemens de Lyon nous ont presque fait oublier ceux de Bruxelles, qui sont cependant bien faits pour alarmer les gouvernemens. Une sorte de régularité et d’ordre a présidé à ce pillage ou plutôt à ce saccage, car on ne cite pas le moindre vol de la part des assaillans. Le prince de Ligne, qui se trouvait à Paris, et qui est au moment d’épouser la fille du marquis de Traesegnies, venait de faire meubler avec beaucoup de somptuosité l’hôtel qu’il habitait à Bruxelles. Tous les meubles ont été mis en pièces, les glaces brisées, on n’a respecté que les tableaux. Le peuple, apprenant que ces tableaux ne pouvaient être remplacés, les laissa intacts, et alla porter le désordre plus loin. Les meneurs avaient une liste à la main, celle des souscripteurs pour les chevaux achetés au haras de Tervueren et envoyés au prince d’Orange. Ils entraient avec précaution dans les hôtels qui leur étaient désignés, s’informaient avec soin de l’appartement occupé par le souscripteur, et plaçaient des sentinelles pour empêcher le saccage des appartemens voisins. Seize maisons ont été dévastées de la sorte ; elles étaient occupées par les plus grands seigneurs de la Belgique, alliés à toutes les grandes familles de l’Europe, et le traitement qu’ils ont éprouvé a causé la plus pénible impression à Paris et à Londres. Le gouvernement belge, formé d’après le nôtre, offre, comme lui, un mélange de faiblesse et de force dangereuse et inutile.

Plus tard, en un moment plus calme, nous dirons en détail toutes les intrigues qui ont précédé et suivi la recomposition du ministère, — s’il existe encore quand nous écrirons.

P. S. Comme nous l’avions prévu, les désordres n’ont pas été de longue durée. Les dernières nouvelles de Lyon annonçaient la fin des hostilités, et les troubles qui ont éclaté hier dans un des quartiers les plus populeux de Paris ont cessé ce matin, après quelques tentatives d’insurrection bien malheureuses pour ceux qui les ont faites. On assure que les barricades élevées dans les rues Beaubourg et Quincampoix n’étaient défendues que par quelques hommes isolés ; quoi qu’il en soit, la garde nationale et les troupes n’ont pas tardé à s’en rendre maîtres. — On parle aussi d’une tentative d’assassinat sur les princes, et d’un horrible massacre qui aurait eu lieu dans une maison d’où un coup de feu a été dirigé, dit-on, sur M. le duc d’Orléans. Nous en sommes encore aux rumeurs à ce sujet ; mais nous avons la triste certitude que le sang français a été encore versé dans les rues de Paris. — Quand le pouvoir de juillet, si puissant aujourd’hui, songera-t-il, non plus à réprimer les rébellions, mais à les prévenir ?