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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/250

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les yeux, vos journées de juillet ne sont rien en comparaison, et ce qu’il y a de triste, c’est que rien n’est fini encore. Dieu sauve la France ! »

Il est à peu près certain que les événemens de Lyon se termineront encore sans que le désordre et ces scènes cruelles se répandent au loin. On sait maintenant à quoi s’en tenir sur d’autres nouvelles qui avaient été répandues dans le dessein d’augmenter l’agitation ; ces nouvelles auront déjà vieilli et seront oubliées quand nous livrerons notre feuille à la publicité, et sans doute Lyon sera pacifié. Mais quelle pacification, et quelle paix le ministère aura donnée à cette malheureuse ville !

Il sera temps alors de parler du nouveau ministère ; mais jusque-là on ne peut songer qu’à Lyon, on ne peut parler que de Lyon et de ses désastres. Qui songe aujourd’hui à M. Persil, quoique la nomination de M. Persil au ministère de la justice soit un fâcheux indice pour le pays, et peut-être une nouvelle cause de désordre ? Les débats du ministère, les intrigues de la recomposition ministérielle, les refus de l’amiral Duperré et de l’amiral Jacob, qui ont nécessité la nomination de l’amiral Roussini au poste occupé par M. de Rigny ; la retraite forcée du duc de Gaëte et de M. Barbé-Marbois, remplacés à la banque et la cour des comptes par M. d’Argout et par M. Barthe ; toutes ces choses s’absorbent dans le grand événement de Lyon, et nous aurions mauvaise grâce à nous appesantir sur ces misères.

Nous devons rependant parler de M. d’Argout, car nous avons à lui rendre justice. Le dernier acte de M. d’Argout dans le conseil a été, nous dit-on, de demander une exception dans l’application de la nouvelle loi, pour toutes les associations littéraires, religieuses et industrielles, que M. d’Argout voulait dispenser d’une autorisation. Cette louable proposition, repoussée par la majorité, a hâté la retraite de M. d’Argout. Une telle manière d’interpréter la loi des associations ne pouvait s’accorder avec la pensée de son auteur, M. Persil. M. d’Argout est déjà un homme dépassé dans le système. Qui sait si M. Persil lui-même ne le sera pas bientôt ?

Sans doute il est déplorable que M. le duc de Gaëte, l’une de nos plus anciennes capacités industrielles, ait été si violemment arraché du gouvernement de la banque pour faire place à M. d’Argout ; mais nous n’avons pas oublié le mécontentement qui accueillit la nomination de M. de Gaëte à ce poste, occupé alors par M. Laffitte. M. Laffitte remplissait depuis plusieurs années les fonctions de gouverneur de la banque, il les remplissait gratuitement, et il avait renoncé, avec une générosité bien rare, au traitement de 100, 000 francs auquel il avait droit. M. le duc de Gaëte accepta la place et le traitement qui fut réduit depuis à 60, 000. Nous