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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/195

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LEONE LEONl. 180

(l’argent, et il y a des femmes d’un certain âge dont In protection peut être avantageuse.

— Prouvez-moi tout ce que vous dites, m’écriai-je, ou je vous chasse à l’instant.

— Fort bien, répondit-il sans se déconcerter, mais faisons un accord. Si j’ai menti, je sortiiai d’ici pour n’y jamais remettre les pieds ; si j’ai dit vrai en affirmant que Leoni m’autorise à vous parler de lord Edwards, vous me permettrez de revenir ce soir avec ce dernier.

En parlant ainsi, il tira de sa poche une lettre sur l’adresse de laquelle je reconnus l’écriture de Leoni.

— Oui ! m’écriai-je, emportée par un invincible désir de connaître mon sort, oui, je le promets !

Le marquis déplia lentement la lettre et me la présenta. Je lus : « Mon cher vicomte, quoique tu me causes souvent des accès de colère où je t’écraserais volontiers, je crois que tu as vraiment de l’amitié pour moi, et que tes offres de service sont sincères. Je n’en profiterai pourtant pas. J’ai mieux que cela, et mes affaires reprennent un train magnifique. La seule chose qui m’embarrasse et qui m’épouvante, c’est Juliette. Tu as raison. Au premier jour elle va faire avorter mes projejts. Mais que faire ? J’ai pour elle le plus sot et le plus invincible attachement. Son désespoir m’ote toutes mes forces. Je ne puis la voir pleurer sans être à ses pieds Tu crois qu’elle se laisserait corrompre ? Non, tu ne la connais pas, jamais elle ne se laissera vaincre par la cupidité. Mais le dépit, dis-tu ? Oui, cela est plus vraisemblable. Quelle est la femme qui ne fasse par colère ce qu’elle ne ferait pas par amour ? Juliette est fière, j’en ai acquis la certitude dans cesderniers temps. Si tu lui dis un peu de mal de moi, si tu lui fais entendre que je suis infidèle… peut-être ! Mais, mon Dieu ! je ne puis y penser sans que mon ame se déchire… Essaie ; si elle succombe, je la mépriserai et je l’oublierai. Si elle résiste… ma foi, nous verrons.Quel que soit le résultat de tes efforts, j’aurai un grand désastre à craindre, ou une grande peine de cœur à supporter. »

— Maintenant, dit le marquis, quand j’eus fini, je vais chercher loi’d Edwards.

Je cachai ma tète dans mes mains, et je restai long-temps immo-