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LEOiE J.EOM. 181

— La chance, la chance ! dit le marquis, on sait ce que c’est que la chance !

— Grand merci ! dit Leoni, je ne veux plus le savoir ; j’ai été trop bien étrillé à Paris. Quand je pense qu’il y a un homme, que Dieu veuille bien dans sa miséricorde donner à tous les diables !...

— Eh bien ? dit le vicomte.

— Un homme, dit le marquis, dont il faudra que nous nous débarrassions à tout prix, si nous voulons retrouver la liberté suila terre. Mais patience, nous sommes deux contre lui.

— Sois tranquille, dit Leoni, je n’ai pas tellement oublié la vieille coutume du pays, que je ne sache purger notre route de celui qui me gênera. Sans mon diable d’amour qui me tenait à la cervelle, j’avais beau jeu en Belgique.

— Toi ? dit le marquis, tu n’as jamais opéré dans ce genre-là , et tu n’en auras jamais le courage.

— Le courage ? s’écria Leoni, en se levant à demi avec des yeux étincelans.

— Pas d’extravagances, reprit le marquis, avec cet effroyable sang-froid qu’ils avaient tous : entendons-nous, tu as du courage pour tuer un ours ou un sanglier ; mais pour tuer un homme, tu as trop d’idées sentimentales et philosophiques dans la tète.

— Cela se peut, répondit Leoni en se rasseyant, cependant je ne sais pas.

— Tu ne veux donc pas jouer à Palerme ? dit le vicomte.

— Au diable le jeu ! Si je pouvais me passionner pour quehjue chose, pour la chasse, pour un cheval, pour une Calabroise olivâtre , j’irais l’été prochain m’ enfermer dans les Abruzzes et passer encore quelques mois à vous oublier tous.

— Repassionne-toi pour Juliette , dit le vicomte avec ironie.

— Je ne me repassionnerai pas pour Juhette, répondit Leoni avec colère, mais je te donnerai un soufflet si tu prononces encore son nom.

— Il faut lui faire boire du thé, dit le vicomte. Il est ivre-mort. —-Allons, Leoni, s’écria le marquis en lui serrant le bras, tu nous traites horriblement ce soir, qu’as-tu donc ? Ne sommes-nous plus tes amis ? Doutes-tu de nous, parle ?

— Non , je ne doute pas de vous , dit Leoni , vous m’avez rendu