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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/127

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trop les formes d’un grand seigneur pour un wigh, tandis que les autres remarquent que pour un lord de son rang, il s’humanise trop facilement avec l’aristocratie de juillet. La mission de lord Durham est d’ailleurs très délicate. Il vient se plaindre du manque de témoignages de bienveillance que le ministère anglais éprouve depuis quelque temps de la part de la France, qui ne le favorise ni dans sa loi dédouanes, ni dans ses négociations diplomatiques. Le ministère anglais voudrait bien porter au parlement une solution favorable touchant les affaires de Portugal et d’Orient, et il voit avec peine le gouvernement français mollir dans cette dernière question, et offrir toutes sortes de concessions à la Russie dans l’espoir d’amener l’empereur Nicolas à une alliance. Or l’existence du ministère de lord Grey pourrait être compromise par ces deux questions, et sa chute rendrait la situation de la France bien difficile, en admettant, comme nous l’espérons encore, que le gouvernement de juillet n’est pas décidé à s’unir d’intention et de fait aux souverains de la Sainte-Alliance.

Les invitations ne lui manquent pas toutefois, et le Correspondant de Hambourg, qui n’admet pas dans ses colonnes un seul article qui ne lui soit envoyé officiellement par les représentans de la confédération, engageait dernièrement le gouvernement français à livrer les membres des associations à des commissions militaires. C’était là, ajoutait le Correspondant, le moyen le plus sûr de se rapprocher de la Sainte-Alliance, et d’inspirer de la confiance aux souverains. La confiance du pays vaudrait mieux, ce nous semble, et elle coûterait moins cher assurément.

Ces deux semaines tout employées à se gendarmer contre les associations, et à forger des armes contre elles, ont semblé protester, par leur sérénité, contre ce qui passait à la chambre. Les bals et les concerts ont rempli les derniers jours de l’hiver qui a été terminé par la brillante promenade de Longchamps. On a remarqué, non pas comme une singularité, mais comme un fait tout naturel à notre époque, que le milieu de la chaussée, gardé autrefois pour les princes et les ambassadeurs, était uniquement occupé par de riches banquiers et des notabilités de l’aristocratie nouvelle. On a surtout admiré la voiture à glaces et les quatre chevaux de M. Aguado, les livrées blanches et brunes des deux voitures de M. Schikler, celles de M. Stacpoole, le phaéton de M. Machado, suivi de deux piqueurs montés sur des chevaux exquis, la calèche de M. Demidoff, et le magnifique coupé, ainsi que les livrées d’un de nos plus brillans littérateurs qui a fait sortir, un beau matin, toutes ces magnificences de sa plume. C’est une curieuse époque que celle des journaux à deux sous et des carrosses des gens de lettres !