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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/98

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errant du whigisme modéré, et ceci est un éloge sincère, car j’ai toujours éprouvé pour Don Quixote une admiration sérieuse et profonde. Il s’était mis franchement sur la brèche comme Metternich, et il était beau de le voir opposant son front calme et dépouillé par les soucis, aux attaques furieuses de toute l’aristocratie anglaise. Il y avait une noble jactance dans les défis que Canning lançait à tout moment aux hommes et aux préjugés. A ceux de ces dédaigneux ennemis qui lui reprochaient les écarts et les distractions de son esprit poétique, il répondait par des citations de Milton et de Shakspeare ; quand les feuilles d’opposition lui rappelaient sa naissance obscure, il conviait autour de lui ses plus chétifs parens ; il se plaisait à parler à la chambre haute de son ami Moore, de son ami Sismondi, de son camarade Francis d’Ivernois ; sa joie était de braver quelqu’un ou quelque chose, mais cette joie était l’expression d’une douleur profonde, et il n’éprouvait le besoin de porter des coups que parce qu’il avait lui-même le cœur déchiré par les coups de ses adversaires.

Un désespoir d’honnête homme saisit cette ame probe, à la vue de tous les obstacles qui s’élevaient autour d’elle. Placé entre les lords unis d’intention au roi qui le haïssait, et l’avait choisi malgré lui, et le pays qu’il voulait sauver, à peu près comme M. Villèle entre le parti royaliste effréné et la nation, Canning sentait chaque jour, que la puissance d’accomplir ses vues lui échappait, et son amertume devint extrême en voyant ce ministère de rouerie et de corruption qui allait le priver du concours de la France. Il ne sut pas se contenir, et tandis que M. de Metternich travaillait sourdement à jeter, quoi qu’il en eût, le paisible M. Villèle dans les embarras de la guerre d’Espagne, Canning rompit la glace, et prononça en plein parlement, contre la monarchie des Bourbons, ses terribles paroles d’anathème, qui achevèrent de nous précipiter dans les voies de la sainte-alliance. Voyez un peu ces trois hommes ! Canning, dévoré par ses passions politiques, est mort à la peine. Villèle, échappé prudemment aux orages, prévoyant comme l’hirondelle, a quitté l’édifice qui menaçait de s’écrouler sur lui, et vit avec insouciance, tranquillement caché dans sa richesse. Metternich seul est resté debout. Soutenu par sa froide conviction, il a résisté à une effrovable tempête, et maintenant le voilà face à face avec son ancien