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placé entre deux vases de porcelaine. En cette occasion, M. Villèle ressemblait à une mince feuille de papier entre deux marteaux de fer.

Casimir Périer, qui devinait déjà que le pouvoir allait se concentrer dans cette main qui posait sur la tribune, près de la sienne, dédaigna de combattre le ministère, et s’attacha uniquement à M. Villèle. M. Villèle n’avait pas attendu son tour pour parler. De quel droit lui avait-on accordé la préférence ? « C’était donc comme ministre qu’il avait obtenu la parole ? » disait Périer en le regardant avec une feinte surprise. « Ministre ! reprit-il d’un ton retentissant, il faut alors commencer par établir une question. Devons-nous souffrir qu’un ministre qui n’a aucune fonction, qu’on ne sait comment qualifier, puisqu’il n’a pas de portefeuille, puisse ainsi prendre la parole et intervertir l’ordre de la discussion ! J’avoue, messieurs, que je ne sais comment appeler ces sortes de ministres ; voudraient-ilss donc, dit-il en se tournant vers M. Villèle, voudraient-ils donc qu’on les appelât les ministres de la clôture ? » A ce trait spirituel, M. Villèle, au grand étonnement de la chambre, sembla un peu embarrassé et confus.

Périer, avec sa sagacité habituelle, avait deviné à la fois et le ministre et la nature de son ministère. Pendant ses sept années de puissance, M. Villèle ne fut rien autre chose que le ministre de la clôture, échappant toujours au dernier mot d’une discussion, remettant sans cesse la décision au lendemain, ennemi de toute conclusion, et ne subissant un résultat quelconque qu’après avoir bien regardé autour de lui s’il ne voyait pas quelque sentier pour s’enfuir. Telle a été la politique constante de M.Villèle. Elle a fait durer sept ans son ministère, mais elle a diminué peut-être d’autant d’années le règne des Bourbons.

M. Villèle était un de ces caractères rares que le malheur n’aigrit point, un de ces hommes peu communs dont la misère ne fausse pas les idées, et qui ne s’efforcent pas de rendre la société tout entière responsable de leur mauvaise fortune. Un tel caractère, joint à un immense savoir-faire, devait triompher de toutes les petites adversités qui l’assaillaient. Il les surmonta et mena, comme on l’a vu, celui qui le possédait à une haute fortune ; mais, là s’effacèrent et devinrent inutiles toutes ces qualités si brillante