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« C’est lui qui tient le gouvernail de l’Autriche ; c’est lui qui, dans le congrès des princes, pense et agit pour elle. Mais regardez comme il a l’air bon et modeste ! Comme il se montre affable et gracieux envers le grand et envers le petit !

« L’étoile placée sur sa poitrine est mince et ne jette qu’un pâle éclat ; mais le plus doux sourire brille sur son visage, soit lorsqu’il cueille sur un sein de femme un bouquet de roses, soit lorsqu’il divise comme des fleurs fanées les royaumes.

« Et sa voix a toujours la même douceur enchanteresse, soit qu’il fasse l’éloge de cette chevelure d’or, soit qu’il parle d’enlever la couronne royale à une tête consacrée, soit que d’un mot il exile le malheureux sur un rocher de l’Elbe ou dans les cachots de Munkat.

« Pourquoi l’Europe ne peut-elle le voir si mielleux et si galant, avec ces douces manières qui rendent heureux le prêtre, le soldat, le pauvre employé, et qui enchantent les dames jeunes et vieilles ?

« Homme d’état, homme de conseil, pendant que tu te montres si gai, et que tu réjouis tout le monde avec cet air, de clémence, regarde, voilà qu’à ta porte un pauvre client qui souffre, implore aussi un regard de toi pour être consolé.

« N’aie pas peur de lui. Il est honnête et loyal, et n’a point de poignard caché sous ses vêtemens. Ce client, c’est le peuple d’Autriche, le noble, le spirituel, le brave peuple d’Autriche, qui répète avec des gémissemens : Je voudrais être libre : je voudrais être libre ! »

X. M.


THE ORIENTAL ANNUAL.— 1834[1].

L’Angleterre, qui fait presque le monopole des Annuals, nous a déjà envoyé, nombre de ces beaux livres dont elle alimente l’Europe : livres à part, si dorés, si coquets, si imprégnés de je ne sais quel indéfinissable parfum, qu’on tremble pour eux lorsque d’autres doigts que ceux d’une main de jeune femme entr’ouvrent leurs feuillets de vélin éblouissant de blancheur et se mettent en contact avec leurs délicates vignettes ; pauvres livres, dont la destinée est de ne vivre qu’un jour ; monnaie courante créée pour circuler dans un jour banal, et qui, pour la plupart, ne lui survivent pas. Être offerts et reçus, admirés pendant une semaine, puis souvent aussitôt oubliés, telle est leur brillante, mais courte carrière. Il en est cependant parmi eux de dignes d’un meilleur sort ; ceux-là ne se contentent pas d’étaler aux regards leurs couvertures savamment gauffrées, leur tranche brillante comme un lingot d’or poli, leurs vignettes de Westall, ni toute cette pompe extérieure enfin qui leur est commune avec leurs rivaux ; ces Annuals choisis ont des prétentions à être lus, à être sérieux, instructifs, et ce sont ceux que je préfère. De ce nombre est l’Oriental annual. L’Oriental n’est, pas, comme la plupart des Keepsake, un recueil plus ou moins habilement fait de fragmens de prose et de vers pris sur le fonds littéraire ouvert à tous, ni de mor-

  1. Londres, chez Bull. — Paris, chez Baudry, rue du Coq.