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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/743

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Et le voilà qui, avec la généreuse indignation dont son cœur est animé, s’égare à travers les rues de Vienne, et frappe tour à tour sur le moine sale et hypocrite qu’il rencontre, sur le censeur qui inutile la pensée, sur les grands qui foulent aux pieds le pauvre peuple, sur tous ceux en un mot qui, méconnaissant leurs devoirs, sacrifient le bien public à leur intérêt, l’honneur à leurs passions.

Dans cette trentaine de pièces juvénaliques que le poète jette à ses adversaires, quelques-unes, comme celles qui ont pour titre : les Prêtres, le Censeur, Pourquoi ? sont pleines de fiel et d’amertume. D’autres, comme la Promenade, le Printemps, l’Hymne à l’Autriche, à l’Empereur, respirent l’amour de la patrie le plus pur et le plus élevé.

« Maître, dit-il à l’empereur, un jour la tristesse s’était emparée de toi, et ton ame était comme brisée ; alors, avec notre cœur ardent et généreux, nous vînmes prendre part à tes souffrances. Oh ! souviens-toi de ce temps d’orage, où notre amour fut pour toi l’arc-en-ciel.

« Maître, tu te trouvas un jour faible et sans défense, et le peuple se leva pour toi ; les hommes accoururent avec leurs épées, et tu les vis se former en cercle comme on voit en automne les gerbes de blé se dresser dans la campagne.

« Maître, tu fus un jour pauvre et sans ressource, et les pères de famille t’apportèrent l’héritage de leurs enfans, et les femmes t’offrirent leurs parures d’or. Ton peuple te donna avec joie ce qu’il possédait, ne se réservant rien que ces richesses inépuisables qu’il porte au fond du cœur.

« Et c’est nous maintenant qui sommes pauvres, faibles, sans défense, courbés par la douleur. Oh ! viens donc aussi prendre part à ce que nous souffrons ! donne-nous des armes, c’est-à-dire donne-nous le pouvoir de parler et d’écrire comme nous pensons ; donne-nous de l’or ; et l’or du peuple, c’est la constitution et la liberté. »

Nous citerons en entier la pièce suivante, qui nous a paru remarquable par la poésie qui la colore et la pensée qui la termine. Elle est intitulée : Scène de Salon ; et nos lecteurs n’auront pas de peine à en reconnaître le principal personnage.

« C’est le soir ; les girandoles flambaient dans la salle brillante, et reflètent leur lumière dans les glaces dorées. Au milieu d’un tourbillon étincelant, voici venir les vieilles et nobles dames et les jeunes beautés.

« Puis, auprès d’elles, voici venir, avec leurs insignes splendides, les hommes de guerre et les serviteurs de l’état. J’en vois un parmi eux sur lequel les regards s’attachent, et qui passe sans que beaucoup de ces hommes-là aient le courage de l’aborder.