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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/724

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savait où mènent quelquefois des correspondances secrètes. Sous Louis XIV, Turenne correspondait seul directement avec le roi. Tous les autres généraux et les ambassadeurs adressaient leurs dépêches a Louvois, qui, en sa qualité de ministre, exigea même la communication des lettres de Turenne. Un prince constitutionnel peut encore bien moins se passer de l’intermédiaire des ministres. L’exemple de Danby, grand-trésorier de Charles II, qui fut mis en accusation pour avoir adressé par ordre du roi d’Angleterre une lettre secrète à Louis XIV, l’exemple plus récent de l’accusation du général Chatam, dont le crime principal était d’avoir écrit pour le roi seul un rapport de l’expédition de Walheren qu’il commandait ; peuvent servir de leçons et d’antécédens pour éviter et pour punir au besoin des actions semblables. M. Sébastiani sait fort bien l’histoire sans doute ; mais il connaît en même temps trop bien son époque et son pays, pour se laisser arrêter par l’exemple du général Chatam et du trésorier Danby.

Il paraît certain (et les affirmations d’un de ses anciens collègues ne permettent pas d’en douter) que, pendant tout le ministère de M. Sébastiani, une correspondance directe, active, secrète, et souvent tout opposée à la correspondance officielle, eut lieu par son intermédiaire entre la royauté de juillet et les puissances étrangères. D’autres correspondances aussi tortueuses, aussi cachées au conseil des ministres, étaient entretenues avec M. de Talleyrand et les agens diplomatiques. Vous avez sans doute ouï dire, monsieur, qu’une dépêche, restée secrète pendant plus de trois jours entre M. Sébastiani et celui dont il a la pensée, fut la principale cause de la retraite de M. Laffitte. Rien n’est plus vrai, et ce fait se renouvela souvent depuis. Casimir Périer eut beau exiger que l’administration des télégraphes fût remise en ses mains, la correspondance secrète n’alla pas moins son train ; et quand le rude et hautain ministre croyait avoir dit le dernier mot de la France aux exécuteurs de la Sainte-Alliance, une communication, venue de plus haut, les avertissait de ne pas prendre au sérieux ses paroles. Je vous ai dit, dans mes premières lettres, comment M. Pozzo di Borgo détruisit un jour les illusions du malheureux ministre qui mourut en maudissant ceux qui l’avaient joué de la sorte. La mort de Casimir Périer ne changea rien aux