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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/72

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près du saule, l’orobanche rameuse près du chanvre, n’est-ce pas que les sécrétions des racines de ces premières plantes sont utiles à la végétation des autres ?

M. Decandolle est revenu sur cette idée dans des ouvrages postérieurs ; il l’a développée, et en a fait des applications à l’économie rurale. Il admet que les plantes, en pompant tout ce qui se présente de soluble à leurs racines, ne peuvent manquer d’aspirer aussi des particules qui ne peuvent servir à leur nourriture. Ainsi, lorsque la sève a été entraînée par la circulation dans tout le végétal, élaborée, et privée d’une grande quantité d’eau par les feuilles ; puis, en redescendant, lorsqu’elle a fourni aux organes tout l’aliment qu’elle contenait, il doit se trouver un résidu de particules qui ne peuvent s’assimiler au végétal, étant impropres à sa nourriture Ces particules, après avoir traversé tout le système, sans altération, retournent au sol par les racines, et le rendent moins propre à nourrir une seconde récolte de la même famille de végétaux, en accumulant des substances solubles qui ne peuvent s’assimiler. On sait fort bien qu’un animal ne peut être nourri de ses propres excrémens, et il est à croire que pour les végétaux il y a même impossibilité.

Des vipères peuvent être tuées avec leur propre venin ; et, comme l’a fait voir M. Macaire dans des expériences antérieures à celles dont il va être parlé, des végétaux peuvent souffrir de l’absorption des poisons qu’ils fournissent eux-mêmes. Or, il doit arriver souvent que par l’action de ses organes une plante convertisse une portion des particules qu’elle a ingérées en substances délétères, soit pour les plantes de sa propre espèce, soit pour d’autres, et qu’elle rejette ensuite par ses racines une portion de ce poison. L’allongement continuel des racines rend l’effet fâcheux à peu près nul pour la même génération de plantes, et c’est la génération suivante qui, si elle est de la même espèce, aura à en souffrir. On conçoit d’ailleurs fort bien comment ces excrémens, qui sont au moins inutiles et probablement funestes à la plante d’où ils proviennent, de même qu’à ses semblables, pourront, au contraire, fournir une pâture abondante et saine à un autre ordre de végétaux. Les exemples tirés du règne animal s’offrent encore ici avec une force d’analogie remarquable.