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leur première fertilité, mais à en obtenir des produits beaucoup plus avantageux que ceux qu’elles donnent aujourd’hui.

Il en est pour les végétaux comme pour les animaux, le même genre de nourriture ne convient pas à tous indistinctement : aussi, là où une plante ne trouve plus de quoi vivre, une autre rencontre des alimens abondans ; et c’est ce qui explique, jusqu’à un certain point, d’une part, la nécessité des alternances dans nos cultures, de l’autre le renouvellement spontané des forêts. Mais, si une plante nuit à celles de la même espèce qui lui succéderont en prenant une partie des alimens dont elles auraient besoin, rien ne nous dit que ce soit là le seul mal qu’elle leur prépare, et qu’en même temps qu’elle les affame, elle ne les empoisonne pas en déposant dans le sol ses excrémens.

Cette idée, présentée depuis plusieurs années par M. Decandolle et appuyée de considérations qui lui donnaient beaucoup de poids, vient d’être récemment confirmée par des expériences directes.

Brugmans avait annoncé que des plantes enterrées jusqu’au collet dans du sable sec présentaient, quand on les en retirait, des gouttelettes d’eau à l’extrémité des racines. L’expérience répétée par d’autres semble avoir rarement réussi ; mais s’il est difficile d’être témoin du suintement, il est aisé au contraire de constater l’existence de matières évidemment sécrétées par les racines. C’est ce qu’on observe, dit M. Decandolle dans sa Flore française, sur le carduus arvensis, l’inulia helenium, le scabiosa arvensis, plusieurs euphorbes et plusieurs chicoracées. Il semble que ces sécrétions des racines ne sont autre chose que les parties des sucs propres qui, n’ayant pas servi à la nutrition, sont rejetées en dehors lorsqu’elles arrivent à la partie inférieure des vaisseaux ; le phénomène, quoique n’étant pas toujours facile à voir, est probablement commun à un grand nombre de plantes.

MM. Plenck et de Humboldt, ajoute le savant botaniste, ont eu l’idée ingénieuse de chercher dans ce fait la cause de certaines habitudes des plantes. Ainsi l’on sait que le chardon nuit à l’avoine, l’euphorbe et la scabieuse au lin, l’inule aulnée à la carotte, l’erigerum âcre et l’ivraie au froment, etc. On peut croire que les racines de ces plantes laissent suinter des matières nuisibles à la végétation des autres. Au contraire, si la salicaire croît volontiers