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allié par sa femme, mademoiselle de Coigny, à une famille ancienne et illustre, et qui a toujours montré d’ailleurs une grande soif de ces sortes de distinctions. Les félicitations avaient été reçues avec une douce et bienveillante fierté, on dit même que le manteau ducal figurait déjà sur les panneaux de la calèche et des caissons du général, qui se trouvait encore en Espagne, lorsque, dans un des accès de colère que lui causaient les rapports que nous avons cités, Napoléon foula à ses pieds le brevet, qu’on lui présenta pour l’approuver, et anéantit pour jamais, du talon de sa botte, le grand feudataire que le roi son frère voulait faire sortir de la fumée du champ de bataille de Talaveyra.

Ce titre de duc resta cependant au général Sébastiani jusqu’à la fin de la campagne, et on le lui prodiguait communément à sa table et sous sa tente. Il est vrai que son chef d’état-major, M. le comte de Fouillé, ne lui épargnait pas les qualifications de monseigneur et d’excellence, auxquelles M. Sébastiani n’avait pas le moindre droit. Un officier-général, qui commandait alors en Espagne, m’a conté la manière assez grotesque dont l’idée de ce duché de Murcie vint au général Sébastiani. Son quartier-général était alors à Grenade, où il vivait en véritable satrape. Les corrégidors avaient été forcés, par ses ordres, de meubler à l’orientale et de joncher de divans l’Alhambra, cette antique résidence des rois maures. Le général Sébastiani, ambré, brodé, doré, y donnait ses audiences dans la salle dite des ambassadeurs, les jambes croisées, comme un pacha, sur des coussins de satin rouge. Tous les officiers du 4e corps peuvent se souvenir d’avoir assisté à ce curieux spectacle. On dépensa, aux frais de la ville plus de quatre mille piastres, pour chasser les araignées séculaires de ce vieux palais, et le rajuster avec quelque magnificence. On y dressa un théâtre, et les fêtes y devinrent si bruyantes, que le bruit en vint jusqu’au maréchal Soult, qui occupait Séville. Le maréchal, peu endurant de sa nature, se fâcha, et le général Sébastiani reçut l’ordre de quitter l’Alhambra où il se mettait si bien à l’aise, et d’aller établir son quartier à Malaga. Là, le général se rangea si bien, qu’il fit, sur ses appointemens sans doute, des économies qu’on dit énormes.

Pendant ce court règne du général Sébastiani à Grenade, il lui