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Tant que dura le règne de Sélim, le général Sébastiani continua à jouir de quelque crédit à Constantinople, en annonçant chaque jour que l’empereur Napoléon, son maître, ne tarderait pas à porter ses armes invincibles au cœur même de la Russie, et à faire rendre à sa fidèle alliée, la sublime Porte, les deux principautés de Moldavie et de Valachie, qui avaient été envahies. Malheureusement une conspiration, fort bien menée par le fameux Cabackhi-Oglou, renversa Sélim, et fit monter sur l’étrier impérial Mustapha IV, qui vivait jusqu’alors captif dans le sérail. M. Sébastiani eut beau corrompre, à force d’argent, ce Cabackhi qui gouvernait le divan, il eut beau se faire livrer les notes du nouvel ambassadeur d’Angleterre, lord Paget, par le drogman Aleco Souzzo, les ministres turcs ne lui laissèrent pas un moment de repos, et ne cessèrent pas un seul jour de lui demander quand son empereur tiendrait les promesses qu’il avait faites en son nom. Plusieurs fois M. Sébastiani, poussé à bout, inventa des sujets de ressentiment, et saisit de vains prétextes pour demander ses passeports, ce qui était un mauvais moyen de consolider l’alliance encore si fragile de la Turquie et de la France. Tantôt il faisait fermer ses malles et menaçait d’enlever son écusson, si les négociations secrètes de la Porte avec lord Paget ne cessaient à l’instant ; tantôt il exigeait, avec les mêmes menaces, la nomination d’un pacha de son choix, ou la mise en liberté de quelques voleurs esclavons qui se réclamaient de la France ; mais toutes ces démarches, habiles ou non, n’eurent pas de grands résultats. Les ministres turcs cédaient, il est vrai, mais ils devenaient de plus en plus pressans, et toutes les graces et les bonnes manières de l’ambassadeur ne purent leur faire oublier ses promesses. Enfin M. Sébastiani se souvint de la conduite que M. Arbuthnot avait tenue dans un moment aussi critique. Il l’imita, se mit au lit, et échappa à l’opiniâtre persécution des ministres de Mustapha, en s’enveloppant la tête de ses couvertures, comme avait fait Charles XII à Bender. Ainsi se termina son ambassade ; il ne tarda pas à obtenir son rappel, au moment où les Anglais obtenaient son expulsion, et légua à son successeur, M. de Latour-Maubourg, de nombreux embarras, que celui-ci eut grand’peine à surmonter.

L’ambassade de M. Sébastiani a laissé, sous tous les rapports,