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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/694

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et que M. Arbuthnot envoyait au divan menaces sur menaces par le jeune Wellesley Pole, qui annonçait aux ministres de Sélim qu’ils auraient incessamment à répondre de leur conduite devant une escadre anglaise, s’ils ne rétablissaient les vaïvodes dans leurs principautés, l’empereur Alexandre ne restait pas inactif.

A la première nouvelle de la destitution des princes de Valachie et de Moldavie, il ordonna au général Michelson d’entrer dans ces principautés avec le corps d’observation du Dniester, et, en peu de jours, l’armée turque, commandée par deux généraux, dont l’un était le célèbre pacha de Widdin, Passawan-Oglou, fut battue et repoussée jusqu’à Bukarest. La guerre se trouva ainsi allumée, les traités de l’Angleterre et de la Russie avec la Porte furent anéantis, et M. Italinski se vit menacé, à chaque instant, d’aller dans le château des Sept-Tours prendre la place laissée vide par le chargé d’affaires de France, M. Ruffin qui y avait subi une rude détention pendant toute la campagne d’Égypte. M. Sébastiani eut encore un beau rôle à jouer dans cette circonstance. Il se joignit à l’ambassadeur d’Angleterre pour représenter à la Porte que cet usage barbare était indigne d’elle, et il obtint, en faveur du représentant d’une nation ennemie de la France, la permission de s’embarquer pour Ténédos, sur un vaisseau anglais qui se trouvait alors mouillé dans le port de Constantinople.

Le général Sébastiani devint dès lors l’homme influent à Constantinople, et il était arrivé au plus haut degré du crédit et de la faveur, lorsqu’on vit se réaliser la menace faite un jour au divan, le fouet à la main, par le jeune Wellesley Pole, au nom de l’Angleterre. Une escadre anglaise quitta le Ferrol où elle était mouillée, se renforça de quelques bâtimens à Gibraltar et à l’île de Minorque, se réunit à l’île Ténédos au vaisseau qui portait M. Italinski, à un autre navire à bord duquel avait fui M. Arbuthnot, et forte dès lors de huit vaisseaux de ligne, de deux frégates, de deux corvettes et deux galiotes à bombes, sous le commandement de l’amiral sir John Duckworth, elle se présenta à l’entrée du canal des Dardanelles.

On célébrait ce jour-là à Constantinople et tout le long du rivage de l’Hellespont la grande fête musulmane du Courban-Beyram. Les soldats et les janissaires étaient dans les villages environnans,