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de haut rang. Quatre soldats robustes s’avancèrent, tenant un bouclier sur lequel ils firent asseoir le roi, et qu’ils soulevèrent ensuite à la hauteur de leurs épaules. Sur cette espèce de trône ambulant, Sighebert fit trois fois le tour du cercle, escorté par les seigneurs et salué par la multitude qui, pour rendre ses acclamations plus bruyantes, applaudissait en frappant du plat de l’épée sur les boucliers garnis de fer [1]. Après le troisième tour, selon les anciens rites germaniques, l’inauguration royale était complète, et de ce moment Sighebert eut le droit de s’intituler roi des Franks, tant de l’Oster que du Neoster-Rike. Le reste du jour et plusieurs des jours suivans se passèrent en réjouissances, en combats simulés et en festins somptueux, dans lesquels le roi, épuisant les provisions de la ferme de Vitry, faisait à tout venant les honneurs de son nouveau domaine.

A quelques milles de là, Tournai, bloqué par les troupes austrasiennes, était le théâtre de scènes bien différentes. Autant que sa grossière organisation le rendait capable de souffrance morale, Hilperik ressentait les chagrins d’un roi trahi et dépossédé ; Frédégonde, dans ses accès de terreur et de désespoir, avait des emportemens de bête sauvage. A son arrivée dans les murs de Tournai, elle se trouvait enceinte et presque à terme ; bientôt elle accoucha d’un fils au milieu du tumulte d’un siège et de la crainte de la mort qui l’obsédait jour et nuit. Sa première pensée fut de se défaire de l’enfant qu’elle regardait comme un surcroît d’embarras et une nouvelle cause de danger : elle le laissa sans nourriture ; mais comme il tardait trop à mourir, l’instinct maternel reprit le dessus. Le nouveau-né, présenté au baptême et tenu sur les fonts par l’évêque de Tournai, reçut, contre la coutume des Frankes, un nom étranger à la langue germanique ; celui de Samson, que ses parens, dans leur détresse, choisirent comme un présage de délivrance [2].

  1. Veniente autem illo ad villam, cui nomen est Victoriacum, collectus est ad eum omnis exercitus, impositumque super clypeo sibi regem statuunt.Greg. Turon. ; lib. IV, pag. 230. — Plaudentes tàm parmis quàm vocibus, eum clypeo evectum super se regem constituant. Ibidem, lib. II, pag. 184,
  2. Quem mater ob metum mortis à se abjecit, et perdere voluit. Sed cùm non potuisset, objurgata à rege, eum baptizari praecepit. Qui baptizatus, et ab ipso episcopo susceptus. Greg. Turon., lib. V, pag. 249. — Adriani Valesii Rerum francic., tom. II, lib. IX, pag. 60.