Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/654

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


adressée à l’évêque et au comte de Tours, tous les hommes de la cité et de la banlieue, soit Romains, soit Franks, soit de nation quelconque, reçurent l’ordre de s’assembler dans l’église épiscopale, et d’y jurer sur les choses saintes, par le nom de Dieu tout-puissant, par l’indivisible Trinité et par le jour terrible du,jugement, qu’ils garderaient en toute sincérité, et comme de véritables leudes, la foi due à leur seigneur le très glorieux roi Sighebert [1]

Cependant les renforts qu’attendait Chlodowig arrivèrent à son camp près de Poitiers. C’était une troupe de gens levés dans le voisinage et conduits par Sigher et Basilius, l’un Frank, l’autre Romain d’origine, tous deux influons par leurs richesses et zélés partisans du roi Hilperik. Cette troupe nombreuse, mais sans discipline, composée en grande partie de colons et de paysans, forma l’avant-garde de l’armée neustrienne, et ce fut elle qui d’abord en vint aux mains avec les soldats de Mummolus. Malgré beaucoup de bravoure et même d’acharnement au combat, Sigher et Basilius ne purent arrêter dans sa marche sur Poitiers le plus grand ou pour mieux dire le seul tacticien de l’époque. Attaqués à la fois en tête et par le flanc, ils furent, après une perte énorme, culbutés sur les Franks de Chlodowig, qui lâchèrent pied et se débandèrent presque aussitôt. Les deux chefs de volontaires furent tués dans cette déroute, et le fils de Hilperik, n’ayant plus autour de lui assez de monde pour défendre Poitiers, s’enfuit par la route de Saintes. Devenu maître de la ville par cette victoire, Mummolus regarda sa mission comme terminée, et après avoir, comme à Tours, fait prêter par les citoyens le serment de fidélité au roi Sighebert, il repartit pour le royaume de Gonthramn, sans daigner poursuivre

  1. Ut omnes pagenses vestros, tàm Francos, Romanos vel reliquas nationes degentes, bannire, et locis congruis per civitates, vices et castella congregare faciatis ; quatenùs, praesente misso nostro, fidelitatem nobis leode et samio per loca sanctorum, debeant promittere et conjurare. Marculfi formul., lib. I apud script. rerum francic., tom. IV, pag. 483. — Per Dei omnipotentis nomen et insepara ilem Trinitatem, vel divina omnia, ac tremendum diem judicii. Greg. Turon. hist., lib.IX. ibid., tom. II, pag. 345.