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Césars. Le vieux squelette des contemporains d’Auguste a repris des chairs, de la vie et du sang, et s’est ranimé d’une existence brillante et forte. Adam Blair, remarquable par la délicatesse des touches et la sensibilité, se rapproche sous quelques rapports de l’école allemande et de ses exagérations mystiques. Reginald d’Alton, le dernier ouvrage de Lockhart, est préférable sous plus d’un rapport à Adam Blair.

Tour à tour Lockhart est simple, concis, sans ornemens, et pittoresque, prodigue de métaphores, poussant jusqu’au luxe asiatique l’éclat des périphrases et la beauté des images. On dirait que lorsqu’il veut être simple, il ne trouve jamais que sa concision soit assez nue, assez âpre, assez dépouillée de parure ; et que lorsqu’il veut être poétique, il prenne à tâche de pousser aussi loin que possible la splendeur et l’éloquence du discours. Je préfère, je l’avoue, son style orné et embelli, à son style concis et nerveux. Ce dernier s’accorde bien moins avec le génie de la fiction qu’avec l’éloquence parlementaire.

Lockhart est poète dans toute l’étendue de ce mot. Depuis quelque temps il a déposé la baguette magique pour saisir la férule du critique, et je ne doute pas qu’il ne ressente quelque peine à se voir forcé d’analyser et de juger autrui, lui à qui la nature a fait le plus beau présent qu’elle puisse faire à un homme : le don de création.

Ses traductions des ballades espagnoles et mauresques sont des chefs-d’œuvre de simplicité, d’énergie et de beauté pittoresque ; toutes les œuvres du même genre pâlissent devant ce beau travail. Lockbart a emprunté à la vieille Bible anglaise cette diction forte et mâle qui s’accorde parfaitement avec le caractère de l’Espagne chevaleresque.

BENJAMIN D’ISRAËLI, auteur de Vivian Grey et de la Merveilleuse histoire d’Alroy, possède un sentiment poétique très élevé et très délicat : ces ouvrages seuls suffiraient pour le classer parmi nos écrivains remarquables. Il se plait à essayer de nouveaux genres, à tenter des routes nouvelles personne n’ignore le danger de ces tentatives hasardeuses. Novateur pour la pensée et la diction, il n’a pas obtenu tout le succès auquel il prétendait, qu’il méritait peut-être. L’Histoire merveilleuse dAlroy est revêtue du costume asiatique : ce sont bien là les vastes draperies flottantes de l’Orient, les images fantastiques et éclatantes que le soleil d’Asie fait germer. On a blâmé l’audace de l’auteur ; mais est-on bien certain que notre costume européen moderne, si écourté, si étriqué, si dénué de grace, vaille mieux que le manteau, la robe et le dolman de Perse et d’Arabie ? Si M. d’Israëli, très jeune encore, s’est livré avec trop d’abandon à ce nouveau style, il est probable qu’instruit par l’âge et par la critique, il établira une espèce de compromis et de traité d’alliance entre son style oriental si