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il est bien plus épouvanté que lorsque la révolution française éclate. Il vit dans sa retraite, étranger aux mouvemens du monde et tout entier aux petits incidens de son ménage pacifique. La première mistriss Balwhidder une fois morte, il jette les yeux sur une voisine qui se place à l’église dans la stalle numéro 3, et il épouse la voisine avec une ponctualité religieuse, un an et un jour après les funérailles de la défunte. Quand on lui apprend la mort de Louis XVI, il découvre, comme grand résultat de cet événement, un fait remarquable qu’il prophétise : c’est qu’il y aura hausse dans le prix des tabacs, comme cela était arrivé en 1777.

J’aime beaucoup moins Galt peintre d’histoire, que lorsqu’il se renferme dans la vie domestique et intérieure. Son originalité propre, c’est le ton du paysan caustique et madré. Il se gêne, il met un corset et une cotte de maille pour faire parler ses belles dames et ses chevaliers. Il fait la révérence comme son maître de danse l’a voulu. Il marche à pas comptés, il mesure ses mouvemens, et quelquefois toute cette régularité, tout cet effort, n’aboutissent qu’à prêter à ses personnages des actions sans rapport avec leur caractère. Son portrait de l’archevêque Sharpe est faux et exagéré. C’était bien assez de lui donner le vice qu’il avait : le fanatisme persécuteur. On peut adresser le même reproche à Southennann, à sir André Wyllie, à Stanley Buxton, à Ringan Gilhayze et à quelques autres romans de Galt. Mais laissez-lui raconter les aventures de la vie privée. Dans ce genre il n’a pas de maître. Une foule de caractères vrais et singuliers se développent et éclosent naturellement comme les bourgeons des arbres et des fleurs par une belle matinée de mai. Puis, commence un babil amusant et caractéristique, menu scandale, conversations familières, détails charmans qui nous entraînent et nous intéressent malgré nous.

Bien que le style dont se sert Galt soit spécialement écossais, son talent appartient à tous les pays. Il peint des situations et des hommes de tous les temps et de tous les lieux. Lawrie Todd est une conception aussi naturelle que poétique. Cet homme débile, maladif, qui se hasarde dans les grandes solitudes de l’Amérique, les défriche, les cultive, établit le règne de l’intelligence humaine et de la civilisation dans les lieux sauvages que l’ours et le renard habitaient, n’est-il pas un véritable héros et un héros plein d’originalité ? Rien de plus dramatique et de plus vrai que ses conversations. J’aime surtout ses femmes âgées pleines d’expérience, connaissant la vie et les hommes, parlant de leurs anciennes conquêtes, ayant pitié des jeunes femmes qui ne sont plus ni si jolies ni aussi bonnes ménagères qu’autrefois. Galt excelle dans ces peintures