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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/63

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de mesures préservatives, quand les chances de danger sont très éloignées.

Lorsque j’habitais Mariquita, plusieurs des individus qui avaient été inoculés du temps de Mutis vivaient encore, mais personne depuis long-temps ne s’était soumis à l’opération, et je ne trouvai ni jeune ni vieux qui voulût la répéter pour moi. Cependant plusieurs années après que Mutis avait quitté la ville, l’inoculation y était encore fort en vogue. Les jeunes gens se faisaient un jeu d’aller à la chasse des serpens ; le jeu finit tout à coup par la mort de l’un d’eux. Ce jeune homme avait été mordu le matin par un serpent coral, et n’avait éprouvé aucun accident. A la vérité, le serpent n’était peut-être pas venimeux, car sous le nom de coral (corail) on confond, ainsi que l’a montré l’auteur de la Faune Grenadine, don Jorge Tadeo Lozano, quatre espèces toutes également marquées d’anneaux d’un rouge brillant, mais dont une seule espèce est pourvue de crochets mobiles. Quoi qu’il en soit, notre jeune homme, à qui la première morsure avait attiré de vives représentations, se fit un point d’honneur de n’y pas céder, et dès le soir même il se remit en chasse. Il fut mordu cette fois par un taya equis (taya à l’x), vipère ainsi nommée à cause d’espèces de croix de Saint-André dont tout son dos est marqué. Cette fois la chose fut sérieuse, et malgré les remèdes qu’on appliqua, le blessé mourut dans la nuit.

Je n’ai pu qu’une seule fois essayer l’action de la liane de guaco sur les serpens, et dans des circonstances trop peu favorables pour arriver à un résultat satisfaisant. L’animal avait reçu de l’homme qui s’était chargé de le prendre un coup violent, et il avait la colonne vertébrale rompue ; cependant il se mouvait encore, mais il ne cherchait point à mordre : quand nous lui présentâmes la plante, il ne détourna point la tête, et ne parut pas plus endormi qu’auparavant.

En parlant des eupatoires, j’ai dit que plusieurs plantes de cette famille sont employées contre la morsure des serpens, quelques-unes l’ont été dès les temps les plus anciens, comme on peut le voir par divers passages de Dioscorides. C’est une chose remarquable sans doute que l’on attribuât ainsi des propriétés analogues à des plantes dont on ne pouvait alors connaître l’étroite parenté ; et cela seul serait un motif de penser que ces propriétés ne sont pas aussi