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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/627

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monarque de la Sainte-Alliance. On voit qu’il ne faut pas désespérer, et qu’un républicain est quelquefois bon à quelque chose.

Un vieux soldat de la république, l’un de nos plus illustres généraux, nous est mort dans cette quinzaine. Le maréchal Jourdan, celui dont on disait : « C’est la probité même en chausses et en pourpoint, » a terminé sa glorieuse vie. À l’âge de seize ans, il combattait pour la liberté en Amérique, et depuis il fut de toutes les guerres. En 1792, il contribuait à la défense du pays, sous Dumouriez ; en 1793, il commandait à la journée de Honsdscoote ; en 1794, il battait les Autrichiens à Fleurus, il reprenait Landrecies, le Quesnoy, Valenciennes ; il enlevait Charleroi, Namur, Maestricht, plantait le drapeau tricolore en Allemagne, et nous dotait de nos belles provinces du Rhin. Au 18 brumaire, il fut exclu du corps législatif ; et au milieu des honneurs qu’on ne put refuser à sa vaillance et à son mérite, Napoléon n’osa l’affubler d’une distinction aristocratique. Jourdan et Serrurier sont les seuls maréchaux qui ne portèrent pas le titre de duc ; et la Restauration ne lui donna le cordon bleu que pour satisfaire au cérémonial, qui voulait que les quatre plus anciens maréchaux prissent place au sacre du roi de France, avec les insignes de ses ordres. Jourdan est mort pauvre ; il n’avait que ses appointemens, et ne laisse rien à sa famille. Une foule de généraux et de pairs se pressait à ses obsèques, où ont été prononcés plusieurs discours, dans lesquels on a parlé de son désintéressement et de son éloignement du pouvoir à un grand nombre de ses anciens compagnons dont on n’en dira pas autant le jour où on les portera en terre. M. Sébastiani a, dit-on, la promesse du bâton de maréchal, gagné avec tant de gloire et si dignement porté par Jourdan. M. Sébastiani aspire aussi à remplacer à la chancellerie de la Légion-d’Honneur le duc de Trévise, qui serait investi du gouvernement des Invalides, vacant par la mort du maréchal Jourdan. Il est inutile de demander quels sont les titres de M. Sébastiani à tant d’honneurs. Les promotions ne sont plus aujourd’hui que des affaires de cour, et M. Sébastiani est l’un des courtisans les plus assidus et les plus déliés du château.

N’oublions pas que M. de Germiny, gendre de M. Humann, vient d’être nommé receveur-général du Finistère en remplacement de M. Dosne, beau-père de M. Thiers, promu à la recette de Nantes, et qu’un fils du maréchal Soult épouse Mlle Paulée, belle-fille du général Jacqueminot, l’une des plus riches héritières de France. À cette occasion, le général Jacqueminot serait nommé au commandement de la place de Paris en remplacement du général Dariule. A défaut de vertus publiques, les vertus de famille ne manquent pas dans notre gouvernement.

On nous annonce que M. Thiers, qui, depuis deux années, c’est-à-dire depuis la fin du ministère de M. Laffitte, semblait avoir complètement oublié son ancien bienfaiteur, s’est présenté enfin chez lui cette semaine. Le jeune ministre n’a pu voir sans émotion cet hôtel couvert d’affiches de vente, où il avait si long-temps trouvé une généreuse et cordiale hospitalité, et il s’est beaucoup plaint, dit-on, d’avoir été taxé d’ingratitude envers son illustre et malheureux propriétaire. « Pour vous prouver combien j’ai gardé le souvenir de vos bienfaits, a-t-il dit enfin à M. Laffitte, je viens vous prier de signer mon contrat de mariage. » Et celui-ci, homme d’esprit avant tout, aurait gaîment pris la plume, et répondu en souriant : « C’est le seul service que je puisse vous rendre en ce moment, mon cher Thiers, et je le fais avec plaisir. » Cette signature équivaut pour M. Thiers à un certificat de reconnaissance. Il en usera quelque jour dans l’occasion.

Le ministre des travaux publics continue d’employer, avec beaucoup