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vous auriez su qu’on n’obtient d’eau que d’un tronçon coupé par les deux bouts. — Je donnai un second coup, détachai un morceau long comme le bras, et n’obtins pas plus d’eau que la première fois. J’appris alors que le second coup devait suivre immédiatement le premier ; et en effet, agissant ainsi sur un second cep, je vis couler, de l’extrémité inférieure, une veine liquide, du diamètre d’une plume d’oie, et qui ne s’arrêta qu’après plus d’une minute ; le bout détaché était long de trois pieds et avait au plus quatre pouces de circonférence. La quantité d’eau qui en sortit aurait rempli un verre à boire ordinaire. Cette eau était limpide, fraîche, excellente, et à peu près aussi pure que l’eau de rivière. J’ai eu depuis l’occasion d’en faire évaporer plusieurs onces dans un vase de verre, et je n’ai obtenu pour résidu que quelques grains d’une substance gommeuse et presque sans saveur.

Si l’eau ne coule pas lorsqu’on n’a fait qu’une seule coupure, cela tient probablement à la pression atmosphérique, qui refoule au loin le liquide dans les vaisseaux. Lorsque, au contraire, cette pression agit également en-dessus et en-dessous, les deux effets se détruisent, et ce liquide, obéissant à la seule pesanteur, s’échappe hors des vaisseaux. Cependant il se pourrait bien qu’outre cette cause mécanique il entrât dans la production du phénomène quelque action vitale.

Hans Sloane, dans son Histoire naturelle de la Jamaïque, tom. Il, p. 104, a parlé de cette vigne, qui est connue dans l’île sous le nom de water-white ; il décrit très bien ses feuilles en forme de cœur, beaucoup moins découpées que celles de nos vignes et couvertes d’un duvet blanchâtre ; ses petites grappes serrées dont les grains, gros comme ceux du raisin de Corinthe, sont d’un violet foncé. Il la confond d’ailleurs avec la grappe à renard de la Virginie, qui en diffère de tous points.

Sloane nous dit que cette vigne, qui croît sur des collines arides et dans des lieux dépourvus d’eau, est très bien connue des chasseurs. Il indique à peu près la manière dont on recueille l’eau, mais il ne paraît pas qu’il ait connu la nécessité de séparer promptement le tronçon par haut et par bas : cette nécessité était, au reste, connue pour une autre plante américaine. «  La liane rouge, dit Valmont de Bomare, rend, quand on la coupe, une eau claire