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«  L’arbre est à une lieue et demie environ du bord de la mer. On ne sait pas à quelle espèce il appartient (quoique certaines gens veulent que ce soit un tilo), et il n’y a dans le voisinage aucun autre arbre pareil. Son tronc a douze empans de circonférence et quatre de diamètre ; sa hauteur totale, depuis les racines jusqu’au sommet, est de quarante pieds ; sa tête n’a pas moins de cent vingt pieds de pourtour ; ses branches sont étendues, touffues, très élevées au-dessus du sol. Le fruit ressemble à un gland avec son capuchon ; la graine est, comme le pignon de la pomme de pin, aromatique et agréable au goût, mais plus tendre ; l’arbre ne perd jamais sa feuille, qui est comme celle du laurier, quoique plus grande, large, courbée et toujours verte, parce que celle qui se sèche tombe aussitôt, et la fraîche seule reste.

« L’arbre est embrassé par une ronce qui atteint et entoure également plusieurs des branches. Dans les environs sont quelques hêtres, des ajoncs et des ronces ; tout près du pied du côté du nord sont deux grands bassins ou réservoirs carrés de vingt pieds de long et de seize empans de profondeur, revêtus intérieurement d’une maçonnerie en pierre brute, et séparés par un mur de même, de sorte que quand l’eau de l’un est épuisée, on peut le nettoyer sans en être empêché par l’eau qui reste dans l’autre.

« Voici maintenant comment cette eau distille du garoé. Tous les matins il s’élève de la mer un brouillard qui, poussé par les vents d’est ou de sud, remonte la vallée jusqu’au point où il est arrêté par le mur de rochers dont nous avons parlé. Là justement il trouve l’arbre saint sur lequel il se pose, et qu’il enveloppe entièrement. Au bout d’un certain temps, il commence à se dissiper, abandonnant l’eau dont il était chargé, et cette eau recueillie par les feuilles nombreuses du garoé en dégoutte à mesure. Les ajoncs qui sont à l’entour font tout de même ; seulement leurs feuilles, étant beaucoup plus étroites que celles du tilo, ne recueillent que très peu d’eau ; ce peu d’ailleurs n’est pas perdu. Cependant on ne conserve que celle qui provient du garoé, et elle suffit, avec l’eau qui reste après l’hiver dans les mares et les creux des ravins, pour la consommation des habitans et de leurs animaux. Quand dans une année les vents d’est règnent souvent, il y a abondance d’eau, parce que c’est alors que les brouillards sont le plus épais, et les distillations le plus